Danielle Darrieux

AAC

Publié le 5 septembre par Equipe GIS IdG

Danielle Darrieux est née le 1er mai 1917 à Bordeaux. Sa carrière est d’une longévité exceptionnelle (1931-2010) et se déploie dans plusieurs champs artistiques : cinéma, chanson, théâtre, télévision, music-hall. Pourtant, aucun ouvrage de référence ne lui a encore été consacré. Le centenaire de sa naissance est l’occasion de réparer cet oubli.

Au cinéma, depuis le début des années 1930, elle a incarné successivement :

  • les désirs d’émancipation des jeunes filles pendant les années 30,
  • des femmes autonomes pendant l’Occupation
  • des femmes intelligentes après-guerre suscitant la peur
  • la muse d’un cinéma moderne alternatif
  • une figure valorisante du vieillissement

A travers ces successives métamorphoses, elle n’a cessé d’être une figure moderne du féminin, y compris dans son image médiatique. Dans le contexte d’un cinéma populaire abonné à des stéréotypes féminins dévalorisants, elle a pu trouver le succès en construisant une persona contradictoire, entre tradition et modernité. En effet, dans les années 1930, elle incarne des daddy’s girls dont l’émancipation est contrôlée par le patriarcat. Dans les années 1940, sa carrière est hypothéquée par les pressions qu’elle subit sous l’Occupation, puis déstabilisée par les règlements de compte de la Libération. Dans les années 1950, elle retrouve le succès à travers des rôles misogynes de femmes qui utilisent leur intelligence pour dominer et/ou détruire les hommes. Il faudra attendre l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes (Demy, Delouche, Vecchiali, Téchiné, Jacquot, Sautet, Treilhou) pour que Danielle Darrieux puisse faire émerger une figure de vieille dame indigne.

Parallèlement au cinéma, Danielle Darrieux débute sa carrière au théâtre en 1937 pour répondre aux sollicitations de son mari Henri Decoin. Après des débuts hasardeux le théâtre devient un autre pilier de sa carrière au tournant des années 1950, au moment où les rôles qu’on lui propose au cinéma sont moins intéressants. Elle sera une actrice de tous les registres, de Musset à Bernstein, de Noël Coward à Guitry, d’Anouilh à Sagan, de Marcel Achard à Pierre Barrillet, en passant par Feydeau jusqu’à Éric-Emmanuel Schmitt qui lui permettra d’obtenir un Molière en 2003.

C’est à la suite du succès de La Robe mauve de Valentine, téléfilm adapté en 1969 d’une pièce de Sagan que Darrieux fait de la télévision un nouveau terrain de jeu. Elle y rencontrera de nombreux succès notamment avec la série Miss (1979), puis avec la saga Jalna (1994) qui lui vaudra un Sept d’or.

Darrieux, c’est aussi une chanteuse qui s’impose à l’époque des "petits formats" en chantant jazzie avant l’heure en pleine période des chanteuses réalistes. Musicienne avertie issue d’une famille de mélomanes, elle marquera de son empreinte vocale de soprano léger bon nombre de ses films, du Bal (1931) à Nouvelle chance (2006). Elle se produira lors de tours de chant à la Tête de l’art et l’Alhambra, jusqu’à Brodway même, et sera sollicitée par des compositeurs contemporains comme Philippe Chatel qui inventera pour elle le personnage de l’horloge dans sa reprise du conte musical Émilie Jolie (1997) ou par Patrick Bruel en 2002 pour son album Entre deux consacré aux chansons françaises des années 1930-50.

Voici quelques pistes non exclusives. Toutes les approches disciplinaires sont les bienvenues.

Histoire culturelle : Darrieux véhicule de l’identité française
études iconiques : le look Darrieux…
Star studies :
- la persona de Darrieux et son évolution
- Darrieux une star malgré elle : gestion de carrière et vie publique
Les genres cinématographiques
Darrieux et les genres populaires du cinéma français : comédie, mélodrame, film à costumes, policier…
Histoire du cinéma français
- Darrieux, la Tradition de la Qualité et la Nouvelle Vague
- La place de Darrieux dans l’/les histoire(s) du cinéma français.
Gender studies : Darrieux, une construction contradictoire de l’identité féminine
Études économiques : Darrieux, une actrice "bankable" ?
Études de réception
- Réception critique, spectatorielle, médiatique et box-office
Études théâtrales : Darrieux et le théâtre de boulevard
Études musicales : Darrieux chanteuse, des années 1930 à nos jours
Études télévisuelles :
- Darrieux héroïne récurrente de feuilletons et de séries : Miss, Marie-Marie, L’Age vermeil, Bonjour maître, Jalna,
Études actorales
- la modernité de son jeu cinématographique au sein du cinéma français classique
Études comparatives : Darrieux et les autres
- ses collaborations répétées avec des réalisateurs et des acteurs… (Henri Decoin, Max Ophüls, Claude Autant-Lara, Julien Duvivier, Jacques Demy ; Albert Préjean, Jean Gabin, Catherine Deneuve, Gérard Philipe)
- Darrieux, les remakes cinéma ou cinéma-TV (Mayerling 1936-1948-1968, Katia 1938-1959, Ruy Blas 1947-2002, Jean de la lune 1931-1949, Le Rouge et le Noir 1954-1961-1998, Marie-Octobre 1959-2008, 24 heures dans la vie d’une femme 1968-2002, etc.), et les reprises au théâtre (Sérénade à trois, Faisons un rêve, Domino, Les Amants terribles, Coco, Potiche, Harold et Maude, Oscar et la Dame rose).
- Destins croisés des trois "glorieuses" : Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Micheline Presle

  • Les propositions de contribution, d’un maximum de 3000 signes (500 mots) accompagnées d’une brève bio-bibliographie, devront être envoyées, en français ou en anglais, avant le 1er octobre 2016 à :
    gwenlegras@wanadoo.fr
    sellier.g@wanadoo.fr