Convictions religieuses et citoyenneté dans les sociétés européennes contemporaines

Publié le 12 septembre par Equipe GIS IdG

Appel à communication pour la Session thématique 32 du prochain congrès de l’AFSP : "Convictions religieuses et citoyenneté dans les sociétés européennes contemporaines".

ST 32

Religious Beliefs and Citizenship in Contemporary European Societies Convictions religieuses et citoyenneté dans les sociétés européennes contemporaines

Les sociétés européennes contemporaines s’inscrivent dans une tendance longue de sécularisation, entendue à la fois comme un « déclin de l’hégémonie religieuse » (Monod 2007), et une « sortie de la religion » (Gauchet 1985). Elle se traduit d’une part par un affaiblissement de l’influence du cadre normatif issue des religions, des pratiques en résultant (Davie 2002, Bréchon 2014), et, d’autre part, par une recomposition et diversification des paysages religieux du fait de la privatisation du fait religieux, et de l’accroissement de l’internationalisation des mouvements d’idées et de populations.

L’on constate cependant la résurgence d’une présence du religieux dans l’espace public (Casanova 1994) ; ainsi de l’installation durable de l’islam dont les formes d’institutionnalisation sont toujours en débat (Frégosi 2008, Cesari 2009, Thomas 2012), ou de l’affirmation d’un courant identitaire catholique (Portier 2012) qui a montré son dynamisme à travers son opposition , dans plusieurs pays, au projet de loi sur le mariage pour tous ou l’assistance médicale à la procréation (Dobbelaere et Pérez Agote 2015).

Ceci nous met en demeure de nous interroger sur la portée de ces évolutions au regard des exigences d’une citoyenneté démocratique, fondement de l’espace public commun (Habermas 1997, Rawls 1995). Que disent, en particulier, les interactions conflictuelles entre laïcité, sécularisation et affirmations confessionnelles de la démocratie ?

Anthony Giddens le relevait dès le début des années 1990 ; c’est autour des questions de l’intime que les débats politiques et sociétaux se focalisent désormais (Giddens, 1992). Les religions, de leur côté, se sont également emparées d’une telle problématique : les questions de bioéthique, de droits des femmes, de droits des minorités sexuelles, le concept de genre, mobilisent toutes les confessions dans les différents espaces européens (Rochefort 2014, Béraud Portier 2015) .

Nous souhaitons ici nous concentrer ici plus particulièrement sur deux axes qui questionnent le fonctionnement démocratique et la citoyenneté : l’intervention des autorités religieuses dans le débat public ; les revendications posées en termes de clauses ou d’objection au nom de la conscience.

1. La recrudescence de l’intervention des autorités religieuses dans le débat public (Axe 1). Il s’agit ici d’interroger différentes modalités de cette intervention :

- modalités d’expertise lorsqu’elle est sollicitée, ce qui nous met en demeure de réfléchir à la légitimité de l’expertise morale (Habermas 2008) des groupes religieux au sein d’une société démocratique (Taylor 2011)


- ressources de mobilisation , stratégies et relais associatifs, en particulier au prisme de la participation politique (Berger Ben 2011).

Les conséquences juridiques de ces processus sont en particulier à interroger. Les catégories mobilisées par le juge ou le législateur reflètent-elles en partie les discours de ces entrepreneurs de morale (Becker 1985) ? La question est d’autant plus importante que les catégories mobilisées par le droit imposent une vision sociale (Lochak 1989, Lépinard 2006).

2-Les enjeux éthiques, au sens large, sont l’un des lieux privilégiés de l’expression d’une objection de conscience pour raison religieuse. Or, la question de l’objection de conscience connaît depuis une vingtaine d’années une évolution dans ses formes et dans leurs implications au niveau social. Longtemps demeurée une demande individuelle, elle paraît aujourd’hui, au moins sous certaines de ses manifestations, relever de la volonté de remise en cause des normes communes et semble utilisée pour refuser une évolution générale du droit dans des domaine où il a longtemps entériné certaines normes religieuses (mariage, famille...)

Sur ce point (Axe 2), nous entendons dans le cadre de la section thématique mieux connaître les mobilisations religieuses faites au nom de l’objection de conscience dans les différents États européens ; cerner les réponses politiques qui ont pu être faites à la contestation de normes communes établies ; approfondir la réflexion en termes de théorie politique sur les difficultés posées par la conciliation entre définition d’une norme commune et des revendications plus particulières. Des approches socio-historiques auraient ici toutes leur place : les religions n’ont ainsi pas toujours cautionné l’objection de conscience comme moyen légitime de l’action, y compris civique (Sorabji, 2014 ; Teinturier, 2013). Mesurer les déplacements réalisés au fil du temps permettrait de mieux comprendre quelques-unes des relations complexes entre démocratie [libérale] et religions à l’époque contemporaine.

Les propositions de communication devront interroger, en s’y référant, l’un des deux axes ci-dessus. Les études de cas, approches comparatives mais aussi réflexions sur les enjeux théoriques des thématiques soulevées sont les bienvenues.
Elles devront exposer de manière détaillée leur objet, les méthodes utilisées et les corpus analysés.

Les propositions sont à envoyer avant le 15 octobre prochain aux deux adresses suivantes :

  • claude.proeschel@univ-lorraine.fr
  • sara.teinturier@umontreal.ca