Judaïsme(s) : Genre et Religion

Publié le 22 mai par Heta Rundgren

Le numéro 44 de la revue Clio, Femmes, Genre, Histoire propose un parcours de longue durée à travers l’histoire des juifs, de la judéité et du judaïsme. C’est, en effet, ce triptyque, ainsi que la vie en diaspora, qui rend l’analyse du genre dans la tradition juive si spécifique. Et c’est au regard de cette complexité et de la diversité des situations historiques dans lesquelles les juifs ont vécu que nous avons choisi de mettre un s à Judaïsme.

Dans une religion qui est tout à la fois fondée sur un savoir livresque dont l’approfondissement est hautement valorisé et sur une observance rituelle exigeante, les femmes et les hommes sont assignés à une place bien établie. Non seulement les Écritures et leurs interprétations, les gestes quotidiens et les rituels festifs, mais encore les coutumes et le droit rabbinique se conjuguent pour proposer des conceptions, des représentations et des règles juridiques qui organisent les relations entre les sexes.

Il appartient particulièrement aux historien-ne-s de se défier des traditions présentées comme « immémoriales ». Au sein d’une histoire aussi ancienne que le judaïsme, il n’est évidemment pas toujours possible de dater avec précision les débuts d’une pratique, d’une prescription ou d’une représentation, ni de trouver des explications aux changements observés. Néanmoins, les articles historiques de cette livraison de Clio FGH témoignent de l’enjeu de connaissances que revêt la déconstruction du caractère intemporel d’un arrangement des sexes inscrit dans les textes et la longueur des temps.

C’est dans la rencontre entre le mouvement féministe et le mouvement religieux libéral, tous deux ouverts à la modernité, que sont nées les principales revendications des femmes pratiquantes quant à l’accès aux textes sacrés, à l’étude, à des lieux de prière mixtes, à des cérémonies auparavant réservées aux hommes. Dès le début du XIXe siècle en Allemagne, sont célébrées les premières Bat Mitzvah (version féminine de la Bar Mitzvah) qui seront peu à peu généralisées dans le mouvement libéral. En 1922, la conférence centrale des rabbins libéraux des États-Unis admettait que les femmes pouvaient devenir rabbins mais il fallut attendre encore cinquante ans pour que le fait se concrétise. L’aspiration à participer à tous les aspects de la pratique religieuse s’est ainsi intensifiée au cours du XXe siècle. Elle est aujourd’hui le sujet de maints débats dans les communautés juives du monde entier avec des décalages nationaux importants.

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