Le frisson et le baume. Expériences féminines du corps au Siècle des lumières

Publié le 30 mai par Heta Rundgren

A partir d’écrits personnels et de consultations épistolaires féminines, cet ouvrage revisite l’histoire du corps et de la médecine au Siècle des lumières en s’intéressant aux représentations et pratiques des femmes de la haute bourgeoisie et de la noblesse française et helvétique. En tant que lectrices des ouvrages de vulgarisation scientifique et patientes des médecins et chirurgiens-accoucheurs, elles jouent un rôle mésestimé dans la construction et la promotion de leurs pratiques professionnelles dans le contexte d’une médicalisation croissante de l’accouchement, des soins infantiles et de la sexualité. Elles n’en développent pas moins des visions singulières du corps, oscillant entre l’expression d’une corporéité mondaine – partagée avec les hommes de leur milieu – et d’une corporéité féminine – elle-même traversée par des rapports sociaux de classe et de « race » – qui mènent à repenser la réception des discours scientifiques sur la différenciation sexuelle et les corporéités sociales, comme celle des « gens du monde » caractérisée dans les discours médicaux par un « efféminement ». Si la corporéité mondaine constitue pour ces femmes un instrument viril de distinction et de domination
sociale, la corporéité féminine les assujettit à une condition infériorisée, quoique difficilement assimilable à celle des femmes populaires ou non blanches qui renvoient à des féminités spécifiques. La physiologie sanguine qu’elles décrivent, liée aux menstrues et aux capacités génésiques, dessine les contours d’expériences plurielles de la maternité, entre intériorisation des rôles sociaux d’épouse et de mère et rejet des injonctions reproductives. Confrontées aux logiques patriarcales et populationnistes, leurs expériences liées à la santé et à la maladie, comme à la sexualité et à la reproduction, invitent donc à reconsidérer, du frisson au baume, ces corps féminins des Lumières.

En coédition avec le Comité des travaux historiques et scientifiques.

Avec le soutien de l’université d’Angers.

Autrice :

Nahema Hanafi est maîtresse de conférences en histoire moderne et contemporaine à l’université d’Angers. Cet ouvrage est issu de sa thèse de doctorat, récompensée par le prix de thèses d’histoire du CTHS et le prix Sigerist d’histoire de la médecine et des sciences naturelles en 2013. Ses recherches portent sur l’histoire du corps et de la médecine et l’histoire des femmes et du genre à l’époque moderne.

Une corporéité mondaine : « efféminement » et distinction sociale

Indisciplines, souffrances et esthétiques mondaines
Paradigme nerveux, symptômes convulsifs et mouvements de l’âme

Une corporéité féminine : vers une différenciation sexuelle

Le « beau sexe » : des spécificités constitutives ?
Les « époques » des dames : revers de la physiologie sanguine

Le contrôle de la matrice : entre pressions sociales et aspirations féminines

Tota mulier in utero : le corps enceint ou l’accomplissement du devoir
« C’est un vilain métier que celui de faire toujours des enfans »

Le soin de soi : pratiques de santé féminines et médicalisation

Agir sur le corps, face à Dieu et aux siens
À chaque mal son soignant : les femmes et le marché thérapeutique
Face aux médecins : relations de soin et de pouvoir

Lire l’introduction de l’ouvrage.

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