Le droit de ne pas aimer : les racines du sextrémisme

Publié le 29 août par Heta Rundgren

Que serait la femme sans amour ? Rien, suggèrent d’innombrables citations à ce sujet qui leurissent sur le net. Le même constat s’impose à la lecture de la Bible et des ouvrages (pseudo)psychologiques explorant la dichotomie de Mars et de Venus. Ce conditionnement est loin d’être anodin. Car l’amour est constamment mis à l’honneur dans les romans, les films, les médias... Il est inculqué aux fillettes dès leur plus jeune âge en tant que la justification suprême d’une vie présentée comme une perpétuelle offrande. Grand principe sacrificiel, assimilé à une impérieuse loi de la nature et considéré bien souvent comme une alternative aux comportements masculins basés sur l’agression, il devient ainsi une forme d’aliénation, une sorte de « burqa transparente », selon une expression de Belinda Cannone.

Là où par définition elle est censée incarner la douceur, la maternité ou la séduction, une femme qui décide d’en finir avec cette surenchère affective doit se montrer suffisamment forte pour résister au discours culpabilisant. Sous cet angle, loin d’être une simple stratégie de communication, le « sextrémisme » proclamé par les Femen semble lié à l’envie de transcender la condition féminine. Le discours de haine, accompagné par la rhétorique militaire et les postures guerrières, la provocation et le jeu avec des stéréotypes, cassant une imagetraditionnelle des « filles de l’Est », apparaissent comme des réactions vives mais sans doute authentiques aux contraintes en vigueur.

Originaire de Sibérie, Ida Junker a fait des études de lettres à Saint-Pétersbourg, Marburg et Mayence. Elle est l’auteure de plusieurs romans et essais dont Le monde de Nina Berberova (L’Harmattan, 2012).

Voir l’ouvrage sur le site de l’éditeur.