Le numérique a-t-il un sexe ?

Publié le 18 février par Institut du genre

Séminaire « Le modèle californien, Innovation, disruption, ubérisation » de Monique Dagnaud et Olivier Alexandre

Mardi 26 février 11h-13h
EHESS, 54 bd Raspail, Paris 75006 salle 651

Isabelle Collet (GRIFE-GE) - L’informatique a-t-elle un sexe ? Les effets du genre dans les métiers du numérique
« Que diriez-vous d’ordinateur ? C’est un mot correctement formé qui se trouve même dans le Littré, comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. » (Jacques Perret, 1955)
Cette citation est un point de départ permettant d’expliquer pourquoi si peu de femmes sont informaticiennes. Les fantasmes de pouvoir qui ont accompagné la naissance de l’ordinateur après la Deuxième Guerre mondiale faisaient davantage partie de la socialisation des hommes que de celles des femmes. En effet, si les femmes ont la charge de la transmission des règles de la société, elles ne sont pas supposées les écrire. À part des années 80, les métiers de l’informatique ont gagné en prestige et les hommes s’y sont engouffrés en masse, accompagnés de discours incantatoires : « L’informatique, c’est l’avenir de la France, c’est l’emploi assuré. Demain, les informaticiens auront la main sur le monde… » A l’approche de 2020, force est de constater que la prophétie s’est réalisée : la question n’est plus de savoir si on aime ou pas interagir avec les objets numériques : ils sont partout et nous servent d’interface avec le monde social. Or, le numérique est un univers conçu, programmé, installé et maintenu par quelques hommes blancs d’un milieu socioprofessionnel favorisé, pour un public d’hommes et de femmes. Évidemment, cette situation n’est pas satisfaisante, qu’on la regarde sous l’angle économique (l’entreprise se prive de la moitié des talents) ou sous l’angle de la justice sociale et de l’égalité entre les femmes et les hommes. De nombreuses pratiques se mettent aujourd’hui en place pour permettre l’inclusion des femmes dans le numérique. Mais sommes-nous sûres qu’il s’agit de « bonnes » pratiques ?

Monique Dagnaud (CNRS-CEMS) - Internet, une passion masculine
Face à la montée du pouvoir féminin et des valeurs qui l’accompagnent, Internet constitue-t-il un refuge, une sphère de repos et de solidarité, pour les hommes ? Un espace où se cultiveraient des interactions, des projections et des fantasmes proprement masculins ? L’histoire de ce « média ultime », des sous-cultures qui ont fleuri en son sein semblent l’attester, et, en retour, les protestations des femmes férues d’informatique contre le sexisme geek le confirmeraient. Les hommes, et eux seuls, vont trouver dans la galaxie techno-culturelle du Net un terrain de performances et d’expérimentations. Les métiers à haute compétence scientifique et technologique qui s’y sont développés sont pour l’essentiel occupés par des hommes. La cause semble entendue : dans le design du futur les hommes sont aux manettes. Parallèlement, des styles de fictions adressés principalement aux hommes ont prospéré en son sein (science-fiction, culture, cyberpunk, mangas, fantasy), ainsi que des comportements majoritairement masculins (méme, trolls, culture du LOL). L’épopée d’Internet a permis la libération d’un imaginaire qui « parle peu » aux internautes femmes et même qui les tient en lisière.