Les prothèses au prisme du genre et de la sexualité

Publié le 7 janvier par Institut du genre

Dans ces journées de colloque, il s’agira donc d’interroger les relations entre les corps et les prothèses au prisme du genre et de la sexualité. Historiquement, les technologies, et plus encore les prothèses des membres supérieurs et inférieurs, ont été associées à la masculinité (Serlin, 2002 ; Sharp, 2011). Comme l’a montré David Serlin, alors que les corps blessés des soldats rentrés de la première guerre mondiale suscitaient l’inquiétude, et que l’amputation était associée à l’émasculation, les médias américains, en diffusant des récits héroïques sur la vie et le travail des vétérans appareillés de prothèses, ont joué un rôle crucial pour associer prothèses et corps masculins / masculinité (Serlin, 2004 : 48-52). Les prothèses ont en effet permis l’affirmation d’une « masculinité hétéronormative triomphante ». Comme le souligne Lesley Sharp (2011), ces liens intimes entre dispositifs prothétiques et masculinité hétéronormative sont toujours présents dans le domaine de la (bio-) ingénierie — un domaine particulièrement masculin dans sa composition, tout comme les formations techniques en général, avec la culture technique que cela entraîne. Étonnamment, les corps des femmes sont notablement absents du façonnement concret et de l’imaginaire dans le domaine des prothèses. Cependant, ils sont intrinsèquement associés à certains types de prothèses, à la fonction esthétique directe (les prothèses mammaires représentent un volume prépondérant d’interventions en chirurgie esthétique) ou indirecte (pilule contraceptive, THS...). Tout cela nous invite à interroger les processus de co-construction du genre et des prothèses.

24 et 25 janvier 2019, 9h30-17h30
Centre Ressource Réhabilitation Psychosociale et Remédiation Cognitive (CL3R), Lyon 8e

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