Cartographie de l’avortement, de la contraception et du pouvoir aux États-Unis depuis les années 1960

Publié le 19 septembre 2016 par Equipe GIS IdG

Journée d’étude destinée aux doctorant-e-s sur l’avortement et de la contraception dans les États-Unis

le vendredi 18 novembre 2016
Université Sorbonne Nouvelle
Institut du Monde Anglophone

Lors de cette journée, Carole Joffe (Bixby Center for Global Reproductive Health, UC San Francisco) et Hélène Quanquin (Sorbonne Nouvelle) feront chacune une conférence (keynote address).

Vous trouverez ci-dessous l’appel (en français et en anglais).

Merci d’envoyer votre proposition (300 mot environ) aux organisatrices, accompagnée d’un court CV, avant le 25 septembre 2016 à l’adresse suivante : mappingabco@gmail.com

Cartographie de l’avortement, de la contraception et du pouvoir aux États-Unis depuis les années 1960

Lorsque, dans les années 1910, Margaret Sanger fonda le mouvement américain pour le planning familial afin de promouvoir un plus large accès à la contraception, elle mit en évidence le problème posé par l’accès inégal à l’information qui rendait la prévention d’une grossesse plus facile pour « les femmes des classes moyennes supérieures » (Sanger 1914) que pour leurs homologues plus modestes. En utilisant le terme de « Birth Control » plutôt que celui de « contraception », elle souhaitait souligner que, pour les femmes, la maitrise de leur fécondité était un prérequis indispensable à toute participation à la vie sociale (Chesler 2007). Cent ans plus tard, le prisme des inégalités sociales et ethno-raciales semble toujours très pertinent lorsqu’il s’agit d’évaluer l’accès à l’information sur la contraception et celui aux services relatifs à la procréation.

Les disparités géographiques semblent aussi jouer un rôle majeur. En effet, lorsque la Cour suprême décréta que l’avortement était un droit protégé par la Constitution dans l’ârrêt Roe v. Wade de 1973, elle établit également que les États fédérés avaient le droit d’en moduler l’accès. En 1992, dans l’arrêt Casey, celle-ci attribua un pouvoir élargi aux États qui furent alors en mesure de réguler l’accès à l’avortement, tant que les restrictions ne représentaient pas un obstacle excessif (« undue burden ») à la jouissance du droit constitutionnel des femmes à faire un choix personnel sur ces questions. Le concept juridique d’« undue burden » étant très vague, il a été utilisé par des lobbies anti-avortement, notamment Americans United For Life, pour promouvoir des lois limitant l’accès à l’avortement dans chaque État. Aujourd’hui, alors qu’un État comme le Nouveau Mexique ne possède aucune restriction significative du droit à l’avortement, l’État voisin du Texas a mis en place ces dernières années une série de lois contraignantes, créant une toute autre réalité : plus de la moitié de ses cliniques du planning familial ont disparu et elles sont sommées d’exiger par exemple de leurs patientes qu’elles subissent une échographie obligatoire.

Les cours d’éducation sexuelle varient aussi grandement sur l’ensemble du territoire américain : si certains États n’exigent pas que le sujet soit abordé Ã l’école, ceux qui le font ne demandent pas nécessairement que son contenu soit médicalement exact ou qu’il aborde les questions de contraception. Les conséquences de ces différentes politiques éducatives peuvent s’observer dans les taux variables de grossesse chez les adolescentes : ils sont par exemple quatre fois plus élevés dans l’Arkansas, État restrictif en termes d’éducation sexuelle, que dans le Massachusetts.

Les expériences des femmes variant en fonction de leurs identités complexes et multiples (Crenshaw), les inégalités sociales, genrées et géographiques se combinent aussi à d’autres éléments tels que l’identité ethno-raciale, le niveau d’études ou les croyances religieuses, qui permettent d’expliquer les différences d’accès à l’avortement

A l’occasion de cette journée d’étude, nous souhaitons envisager une cartographie de l’avortement et de la contraception au moyen d’une analyse de la géographie sociale et politique des année1960 – quand le combat féministe demandait et obtenait un meilleurs accès à l’avortement et à la contraception – à nos jours. Nous souhaitons mettre en lumière le fait que les femmes ont des expériences radicalement différentes en matière d’accès à l’avortement et à la contraception du fait de leur appartenance, raciale, ethnique, sociale, comme de leur âge, leur niveau d’éducation, leurs croyances religieuses et autres identités sociales. Nous aimerions offrir une topographie sociale qui prenne en compte les rapports de domination afin de contribuer aux débats récents en France et aux États-Unis sur les utilisations sociales de la géographie (Séchet et Veschambre).

Les points suivants seront abordés :

-La géographie politique et physique de l’avortement et de la contraception : comment les villes, les États et les régions ont construit l’accès à l’avortement et la contraception aux États-Unis.

-L’espace comme production sociale. Il s’agira d’examiner la géographie sociale de l’avortement et de la contraception en analysant les droits et les modalités d’accès à l’avortement et à la contraception de toutes les femmes, quelles que soient leurs origines sociale, résidentielle et ethno-raciale ou encore leur âge.

-La grande variété de points de vue sur les lois régissant l’avortement et la contraception de la part de femmes elles-mêmes, mais également des juristes, des militants et des professionnels de la santé, et ce depuis les années 1960.

-L’examen de la prise en charge des femmes en matière d’avortement et de contraception et son évolution depuis les années 1960 en fonction des patientes, du statut du personnel de santé et des restrictions législatives au niveau de chaque État.