Révolutions du XIXe siècle et sciences sociales

Publié le 15 janvier par Heta Rundgren

Prochaine séance "Champs littéraires et intellectuels en révolution", le vendredi 26 janvier 2018, 16h-19h, à l’EHESS, 105 boulevard Raspail, Paris 6e.

Séminaire co-organisé par Quentin DELUERMOZ (U. Paris 13/IUF) et Caroline FAYOLLE (U. Montpellier) à l’EHESS

Suite notamment aux soulèvements populaires des printemps arabes, l’objet « révolution » suscite actuellement un regain d’intérêt des sciences sociales. En témoignent les récents travaux qui interrogent les révolutions passées et actuelles à l’aune d’un cadre théorique requestionné. En rupture avec les lectures téléologiques et causalistes, leur ambition est de suivre pas à pas la manière dont ces processus révolutionnaires se fabriquent, évoluent selon des rapports de force et des dynamiques contingentes, produisent de l’incertain, transforment les états antérieurs et façonnent de nouvelles subjectivités politiques ou, même partiellement, produisent de nouvelles situations socio-politiques. Travaillant sur différentes échelles et différents espaces, ces nouvelles recherches mobilisent une pluralité de concepts, anciens et nouveaux, qui aident à observer ce qui se passe dans la crise, comme par exemple celui de « crise politique » théorisé par le politiste Michel Dobry, la notion de « protagonisme » élaborée par l’historien Haïm Burstin, celle de « sociologie évènementielle » de William H. Sewell ou encore celle de « subjectivation révolutionnaire » travaillée par le sociologue Federico Tarragoni1. Dans quelle mesure les historien.nes des révolutions du long XIXe siècle (1789-1917) peuvent-ils interroger, s’approprier et enrichir cette réflexion collective ?

Ces révolutions du long XIXe siècle ont longtemps nourrit les sciences sociales, du fait notamment de l’importance du questionnement marxiste, au point qu’elles sont parties prenante de l’héritage des outils critiques des sciences sociales du politique. Comment ce retour aux révolutions du XIXe siècle peut-il prolonger les réflexions précédentes, notamment sur les tensions entre analyses processuelles et étude des discontinuités, saisie des temporalités multiples et suivi des subjectivités politiques, pratique de la comparaison et recherche des traductibilités, quête du proche et du différent ? Il s’agira ainsi de prolonger l’effort visant à redonner tout leur sens et leur portée à des évènements qui interrogent en profondeur à la fois le siècle dit de la « modernité » et le statut des « états routiniers du politique » comme du « possible » en histoire et en sciences sociales.

Ce séminaire se propose ainsi de continuer à nourrir ce dialogue fructueux entre histoire, sociologie et science politique. Il s’agit d’inviter les historien.nes des révolutions du XIXe siècle à la fois à expliciter les fondements théoriques et/ou pratiques qui régissent leur écriture de l’histoire et à mettre à l’épreuve de leur terrain les concepts mobilisés par les sciences sociales pour penser les « événements critiques » (Boris Gobille). Pour cela, ce séminaire se conçoit comme un espace transdisciplinaire où dialogueraient des spécialistes de différentes révolutions du XIXe siècle, échangeant depuis leurs recherches empiriques respectives avec des chercheurs qui réinterrogent actuellement l’épistémologie des révolutions. La première année portera sur le cadre métropolitain français, avant de l’ouvrir aux autres expériences coloniales, françaises (Antilles) ou non, et étrangères (Europe, Amérique latine, États-Unis, Asie).

1 On peut citer comme exemples de recherches récentes : le double numéro des Actes de la recherche en sciences sociales « Révolutions et crises politiques - Maghreb/Machrek », coordonné par Choukri Hmed et Laurent Jeanpierre (n°211-212, 2016-1) ; le dossier « Protagonisme et crises politiques » de la revue Politix coordonné par Quentin Deluermoz et Boris Gobille (n° 112, 2015-4) ; Federico Tarragoni, L’énigme révolutionnaire, Paris, Les Prairies ordinaires, 2015.

Programme 2017-2018
Ce séminaire aura lieu à l’EHESS, 105 boulevard Raspail

Séance 1. Les révolutions du XIXe siècle sont-elles des crises politiques ?
Vendredi 15 décembre 2017 [exceptionnellement cette séance aura lieu de 14h à 17h]
Salle 3
- Alexandre Frondizi (Centre d’histoire de Science Po) : « 1848, année critique : sciences sociales et journées révolutionnaires »
- Quentin Deluermoz (U. Paris 13/IUF) : « Crise politique, guerre civile, révolutions : des concepts à l’épreuve de la Commune de Paris, 1871 »
Discutant : Boris Gobille (ENS Lyon – Triangle)

Séance 2. Champs littéraires et intellectuels en révolution
Vendredi 26 janvier 2018, 16h-19h
Salle 07
- Jean-Luc Chappey (U. Paris 1 – IHMC) : « Les mutations du monde des lettres entre Révolution et Empire »
- Anthony Glinoer (CRC-U. de Sherbrooke) : « Mouvements littéraires et mouvements politiques »
Discutante : Judith Lyon-Caen (EHESS – CRH)

Séance 3. Démocratie et représentation politique : des concepts en révolution
Vendredi 9 février 2018, 16h-19h
Salle 02
- Sophie Wahnich (CNRS – IIAC) : Titre à préciser
- Jean-Christophe Angaut (ENS Lyon – Triangle) : « L’Appel aux Slaves de Bakounine et Engels : dimensions démocratique, sociale et nationale des révolutions de 1848 »
Discutant : Samuel Hayat (CNRS-CERAPS)

Séance 4 : Les processus de subjectivation révolutionnaire
Vendredi 9 mars 2018, 16h-19h
Salle 02
- Louis Hincker (U. Clermont-Auvergne – CHEC) : « Sur un silence de Mallarmé »
- Caroline Fayolle (U. de Montpellier – LIRDEF) : « Genre et subjectivation politique pendant la Révolution française »
Discutant : Federico Tarragoni (U. Paris Diderot – LCSP)

Séance 5. Penser la distinction entre idéologie et utopie révolutionnaires
Vendredi 23 mars 2018, 16h-19h
Salle 02
- Michèle Riot-Sarcey (U. Paris 8 – EA 1571, LADEHIS/EHESS) : « De l’utopie à l’idéologie : quelle place pour l’émancipation ? »
- Kristin Ross (New York University) : « Le vécu et le conçu : l’existence en acte de la Commune »
Discutante : Isabelle Garo (philosophe, enseignante en classes préparatoires au lycée Chaptal, présidente de la GEME – Grande Édition des OEuvres de Marx et d’Engels)