Rencontres du Réseau Universitaire et Scientifique Euro-Méditerranéen sur le Genre et les femmes (RUSEMEG)

Publié le 19 juin par Heta Rundgren

Le jeudi 29 juin 2017
« Masculinités : analyser, questionner, représenter les masculinités dans l’espace euro-méditerranéen »

PRÉSENTATION
Si les études féministes et les études de genre ont permis de dénaturaliser le féminin, depuis le milieu des années 1980 les travaux pionniers de sociologues anglo-saxons enrichis des apports successifs des autres disciplines des SHS émanant d’horizons géographiques divers s’intéressent aux conditions socio-historiques de production des masculinités au sein des rapports de genre. En effet, mettre la focale sur les masculinités n’est pas réductible à une étude sur les hommes ou le masculin qui ne serait pas plus pertinente que de définir les femmes ou le féminin comme objet de recherches en soi. Il paraît donc pertinent que le huitième séminaire itinérant du RUSEMEG se consacre à analyser et questionner les modalités de fabrication des masculinités et l’évolution des représentations artistiques et littéraires de celles-ci en prenant pour champ l’ensemble de l’espace euro-méditerranéen dans toute la diversité de ses temporalités socio-politiques et en inscrivant ses recherches sur le temps long.

Questionner les masculinités signifie distinguer plusieurs formes de masculinités dont, par exemple, la masculinité hégémonique définie par Connell comme « une configuration des pratiques de genre visant à assurer la perpétuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes[1] », ou la masculinité subordonnée pour des raisons de classe, de « race » ou de sexualité, les masculinités féminines (Halberstam), ainsi que les masculinités performées par des femmes.

Analyser les normes masculines permet également de repenser des inégalités telles que les modalités d’exclusion des femmes du politique ou du salariat, d’interroger une domination masculine univoque qui masque les contraintes virilistes ainsi que les liens entre cette domination et les sexualités non normatives. Dans cette perspective, il convient également de déconstruire les discours masculinistes sur la crise « de l’homme » qui tendent à masquer la dissymétrie des privilèges et la valence différentielle des sexes toujours à l’œuvre, même si en recomposition permanente, dans les sociétés euro-méditerranéennes. Penser les masculinités permet de poursuivre l’analyse des môles de résistance qui permettent le maintien de la structuration inégalitaire des rapports entre hommes et femmes.

L’analyse de la littérature, le cinéma et les arts visuels de tous les temps est spécialement apte à mettre en lumière des représentations des masculinités hégémoniques ou contre-normatives, ainsi qu’à historiciser et « situer » les masculinités dans une pluralité de contextes socio-culturels. En outre, la création littéraire et artistique non seulement représente les déclinaisons des masculinités existantes mais propose aussi des variations, de nouveaux modèles ou anti-modèles, qui agissent à leur tour sur les imaginaires sociaux et individuels concernant la construction des masculinités ‒ comme des féminités[2].

Les masculinités sont multiples et vécues tant localement que globalement. La fabrique de la masculinité hégémonique promue comme modèle d’inspiration a été au fondement de la construction de l’État-nation. Dans l’idéologie nationaliste l’hétéronormalisation de l’amour et de la sexualité était associée à l’effacement d’autres modes de masculinité : celle de jeune adolescent et d’homme adulte, objets de désir pour les hommes.. Cet effacement s’est opéré au profit d’une masculinité hétérosexuelle, virile, caractérisée par la vigueur sexuelle et la force reproductrice. Ces masculinités traditionnelles sont construites en tant que pourvoyeurs des besoins de la famille, assumant « la protection » des femmes et le contrôle des revenus et ressources.

En relations internationales, les réalistes ont associé le concept de la masculinité avec la souveraineté et la sécurité. Les guerres et les conflits participent à la construction sociale de l’attachement des hommes aux armes et renforcent la masculinité militarisée avec les armes comme sources d’identités liées avec le pouvoir, la subordination, la violence.
Avec la globalisation de l’économie néo/libérale, le pouvoir stratégique est placée dans les mains d’un groupe particulier d’hommes dont la masculinité des affaires est marquée non par la virilité traditionnelle qu’ils méprisent mais par l’égocentrisme et le déclin du sens de responsabilité collective. Comme l’a précisé R. Connell, « dans la globalisation les masculinités hégémoniques […] accentuent le pouvoir irrégulier des firmes transnationales »[3].

Des développements de l’analyse, le questionnement et la représentation des masculinités sont, parmi d’autres, les suivants :

‒ Quelles sont les masculinités dominantes dans tel contexte ou telle époque étudiés ?
‒ Quels sont les développements du rapport entre masculinité(s) et sexualité(s) dans tel ou tel contexte/objet d’étude ?
‒ Quelles formes politiques de domination exercent-elles les masculinités hégémoniques ?
‒ Quelles sont les chemins subversifs de la masculinité hégémonique que prennent les masculinités subordonnées ?
‒ Quels rapports existent-ils entre les masculinités et la construction des États-nations ?
‒ Quelles sont les nouvelles images des masculinités que proposent la littérature, le cinéma et les arts ?
‒ Masculinités et violence
‒ Masculinités et globalisation
‒ Masculinités et politiques du care
‒ Masculinités féminines et féminités masculines

[1] R. Connell, Masculinities, Polity Press, 2005 (1995), p. 77.
[2] Voir Josep M. Armengol et al. (eds.), Masculinities and Literary Studies : Intersections and New Directions, London, Routledge, 2017 ; et Marta Segarra et Àngels Carabí, Nuevas masculinidades, Barcelona, Icaria, 2000.
[3] « Masculinities and Globalization », Men and Masculinities, nº 1, 1998, p. 15.

Le vendredi 30 juin 2017
« Universitaires et militantes ? L’activisme associatif : un pont entre la Recherche et la Cité »

Voir le programme sur le site de RUSEMEG.