Rencontre avec Sonia Dayan-Herzbrun et Eleni Varikas

Publié le 29 janvier par Institut du Genre

Le vendredi 2 février 2018, Salle G-2 (Bâtiment G), Université Paris 8. Table ronde à 13h, workshop à 16h.

Nous sommes heureux-ses de vous inviter à une rencontre avec Sonia Dayan-Herzbrun et Éléni Varikas ce vendredi après-midi 2 février 2018 à l’Université Paris 8 Saint-Denis comme une occasion d’une mise en regard et d’une conversation de leurs recherches, à propos des modernités politiques, des normativités liées, exprimées dans les états, les nations, les sociétés, et la façon dont une généalogie peut en être faite d’un point de vue de la critique féministe, du genre, et des minorités, et de ce que la modernité avait laissé d’impensé, qui échappait à la pensée moderne et ses catégories.

C’est également selon une perspective prospective de ce que les mouvements féministes apportent à l’inventivité de formes politiques, sociales, etc. à venir que nous proposons ce rendez-vous, notamment en résonance à la parution d’une collection de textes d’Éléni Varikas discutés par d’autres penseuses féministes.

Cette invitation a lieu à l’intérieur d’un séminaire qui s’est donné pour intention l’élaboration d’une critique épistémologique et politique des enjeux du local/global et des situations du proche et moyen-orient, cette fois-ci en une séance spéciale destinée à en réouvrir les enjeux au delà du régional géographique, à la suite d’une séance approchant les hypothèses nouvelles du politique dans le postnational.

La discussion sera suivie d’un workshop ouvert à tou-te-s autour de l’actualité des prisonniè-re-s politiques en proche et moyen-orient à la suite de plusieurs workshops à ce sujet en 2016-2017 dans le cadre du séminaire, comme l’une des formes d’expression de nos solidarités.

À 13h00, Table ronde

Sonia Dayan-Herzbrun : La masculinité comme catégorie politique de la domination

(...) Dans un texte désormais classique l’historienne américaine Joan Scott a défini le genre, qu’elle distingue soigneusement du « sexe biologique » comme « une façon première de signifier des rapports de pouvoir », constitutive selon elle des rapports sociaux fondés sur des différences perçues.
Il implique selon elle quatre séries d’éléments : premièrement des symboles et des représentations symboliques culturellement disponibles, deuxièmement des concepts normatifs, troisièmement une notion du politique en référence aux institutions et à l’organisation sociale, et enfin ce qui relève de l’identité subjective.
Le genre renvoie donc aux relations du masculin et du féminin, à « un champ premier au sein duquel, ou par le moyen duquel le pouvoir est articulé ».
On peut extrapoler en faisant le constat, au sein de ce que l’on pourrait appeler une « anthropologie générale » que le masculin renvoie à la domination tandis que le féminin signifie et symbolise la soumission. Cette opposition binaire est donc une institution sociale, non un fait de nature.
Elle peut donc être transgressée aux risques et périls de celles et ceux qui s’y hasardent.
Les transgressions ne nous intéresseront que pour ce qu’elles nous apprennent de la réitération de la norme, sous ses multiples aspects. Le masculin se décline, en effet, sous différentes figures qui toutes renvoient à une image du pouvoir.

Éléni Varikas : Pour une théorie féministe du politique

(...) Est-il possible de reprendre des concepts, des axiomes et des présupposés qui ont longtemps servi à délégitimer l’exclusion, l’assujettissement et l’obéissance, pour les mettre au service d’une redéfinition démocratique de la citoyenneté ? De concilier la complémentarité avec l’autonomie individuelle et l’autodéfinition des femmes ? De transformer la métaphore du "corps politique" en métaphore d’un pouvoir divisé ?
L’avantage principal de cette métaphore est précisément qu’elle exclue d’emblée la multiplicité.
Un corps androgyne, un corps avec deux sexes, avec divers traits caractéristiques et des couleurs diverses est par définition monstrueux : voilà le message que transmet depuis des siècles ce cors gigantesque que les modernes ont inventé pour neutraliser le danger de "la multitude à plusieurs têtes".
Selon ce message, un pouvoir divisible est monstrueux en ce qu’il mène par définition à la guerre et à l’anarchie.
"Nul ne peut obéir à deux maîtres", dit depuis des siècles ce corps géant, non seulement aux femmes mais aussi aux "hommes de couleur", aux immigré-es, aux étrangers et aux étrangères, aux nomades, à toutes celles et ceux qui prétendent participer à ce qui est commun, la chose publique.

(Pause)

À 16h00, Workshop

Collectif - Interventions, lectures et discussion en solidarité avec les femmes prisonnières politiques enfermées dans les prisons turques et israéliennes

L’actualité de la question des prisonnièr-e-s politiques a fait surgir celle des possibilités et des ressources de résistance à toutes les formes d’enfermement et d’impasse liées aux conditions du politique.
L’initiative de ce workshop est inspiré par et l’une des suites d’une rencontre avec les recherches d’Assia Zaino sur les prisons israéliennes, avec "Des hommes et des femmes entre les murs, Comment la prison façonne la vie des palestinien-ne-s" (Agone 2016), de Sarah Caunes sur les luttes et les mobilisations des prisonniè-re-s enfermé-e-s à l’intérieur des prisons turques, et de Valentin Schaepelynck sur l’histoire de l’analyse institutionnelle.
Elle réfléchit les initiatives collectives de solidarité avec les prisonnièr-e-s politiques en Turquie depuis le coup d’État du 19 juillet 2016 enchaînant sur une répression de masse, et le référendum du 16 avril 2017 conférant tous pouvoirs de l’exécutif au président turc Recep Tayyip Erdoğan.
Elle réfléchit les situations d’ami-e-s emprisonné-e-s en Iran, passé-e-s ou encore vivant dans l’un des nombreux camps à l’intérieur ou à l’extérieur de la forteresse Europe, ou bien en Proche-Orient.
Elle est une expression de nos solidarités avec les événements récents de Nabi Saleh.

Épistémologie et politique / Recherches en proche et moyen-orient II
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