"Passer pour..." : approches empiriques des "passings" (race, genre, classe, caste, âge, religion)

Publié le 4 avril par Heta Rundgren

L’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS, UMR 8156) a le plaisir de vous informer de la tenue d’une journée d’études intitulée :

"Passer pour..." : approches empiriques des "passings" (race, genre,
classe, caste, âge, religion)

Elle aura lieu le mardi 27 juin 2017 de 9h à 17h, en salle des Lombards,
96 boulevard Raspail, 75006 Paris.

Ci-dessous et en pièce jointe, vous trouverez l’argumentaire et le
programme prévisionnel de cette journée.
Vous y êtes toutes et tous cordialement convié.e.s,

Les organisateur.rice.s,
Bastien Bosa (Universidad del Rosario, Bogota, Colombie / directeur
d’études invité EHESS, IRIS)
Julie Paris (CNRS, IRIS)
Benoît Trépied (CNRS, IRIS)


Présentation :

La journée d’études que nous proposons entend ouvrir une réflexion – à
l’intérieur des sciences sociales et historiques – autour de la question
du « passing ». A l’origine, le passing constituait une catégorie
discursive née dans un contexte très spécifique, celui de la ségrégation
raciale aux Etats-Unis : elle faisait référence aux expériences et
trajectoires de personnes issues de familles dites « noires » qui « 
passaient » (ou se « faisaient passer ») pour des personnes « blanches ».
En ce sens, d’un point de vue analytique, le passing renvoyait à un
phénomène s’articulant autour d’au moins trois dimensions principales :

- le franchissement de la « frontière raciale » – conçue indissociablement
comme une barrière biologique, juridique et sociale ;

- le caractère « dissimulé » de ce franchissement (lequel était par là
même généralement associé à une forme de « tromperie » ou de « supercherie
 ») ;

- l’accession à des droits et rétributions (matériels et symboliques)
inaccessibles dans la catégorie initiale d’assignation.

Si, nous y reviendrons, chacune de ces dimensions est en soi
problématique, c’est malgré tout leur articulation qui paraît faire
l’intérêt de la catégorie et qui permet, semble-t-il, d’en élargir l’usage
de multiples manières. La notion de passing peut tout d’abord être
utilisée pour penser les questions raciales (et coloniales) dans des
contextes différents de celui des États-Unis de la ségrégation : empires
coloniaux, colonies de peuplement, mais aussi métropoles postcoloniales,
etc. Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer ici que le « passing racial »
a existé toujours et partout de la même manière (étant entendu que ni les
« passages de frontière », ni les modalités de la « dissimulation » ne
sauraient être les mêmes dans des contextes marqués par des formes
hétérogènes de racialisation et de ségrégation). Néanmoins, nous
souhaitons défendre l’idée que le concept de passing peut nous aider à
penser ensemble une série de situations qui – bien que nécessairement
caractérisées par des singularités propres – se ressemblent d’une manière
ou d’une autre.

L’un des principaux intérêts de la notion – et qui constituera le cœur des
réflexions de notre journée d’étude – est d’ailleurs qu’elle peut
également être utilisée pour réfléchir à de multiples processus sociaux,
au-delà des questions raciales. Ainsi, depuis de nombreuses années
maintenant, des auteurs travaillant sur des objets très divers se sont
approprié – de façon plus ou moins explicite – cette métaphore du passing.
Le principal domaine d’étude dans lequel la notion de passing a fait
l’objet d’une discussion critique est très certainement celui du « genre »
et de la « sexualité » : les ressemblances avec les problématiques « trans
 », en particulier, ont été soulignées dans diverses publications, de même
que l’alternative « outing »/« passing » en matière d’homosexualité. Mais
la notion de passing a aussi été utilisée (ou pourrait l’être) pour penser
d’autres formes de déplacement dans des espaces différenciés ou
hiérarchisés : classe sociale, caste, religion, ethnie, âge, etc. En ce
sens, l’un des objectifs principaux de la journée d’étude consistera à
ouvrir un dialogue entre des chercheur.e.s travaillant à la fois sur des
objets hétérogènes et dans des contextes (géographiques et temporels) très
divers. Pour tou.te.s, néanmoins, il s’agira d’interroger la problématique
du passing pour penser différentes formes de mobilités sociales qui se
caractérisent par leur dimension relativement clandestine et opaque. Il ne
s’agira pas, bien entendu, de « forcer » la notion sur des terrains
empiriques divers, mais de réfléchir aussi bien aux questions nouvelles
qu’elle permet de poser qu’à ses limites et ses points aveugles.

Concrètement, cette journée d’études souhaite permettre l’éclosion de
discussions informelles et conviviales entre participant.e.s d’horizons
disciplinaires distincts (anthropologues, sociologues, historien.ne.s,
politistes), dans une perspective clairement exploratoire. Plutôt que
d’établir un programme distinguant a priori les différents types de
passings (de classe, de genre, de race, etc.), nous avons préféré croiser
les interventions autour de quatre grandes thématiques, elles-mêmes
étroitement liées entre elles :

- la question du caractère individuel des stratégies de passing (session 1) ;

- sa réciproque, soit la question de la dimension collective du passing
(session 2) ;

- l’examen des expériences et stratégies élaborées face aux politiques
institutionnelles de suspicion et de contrôle des corps (session 3) ;

- enfin l’analyse des expériences de passing en terme de mobilité sociale
(session 4).

Programme prévisionnel :

09h00 – Accueil des participants, café

09h15 – Mot d’introduction des organisateur.rice.s

Session 1 – Stratégies singulières de passing

09h30 – Passer pour Blanc, passer pour Noir : deux cas croisés de passing dans l’historiographie états-unienne

Benoît Trépied (CNRS, IRIS)

09h50 – La Garçonne et l’assassin, ou le passage de frontières

Danièle Voldmann (CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle)

10h10 – Discutant :

Paul Pasquali (CNRS, CURAPP)

10h25 – Discussion générale

10h45 – Pause-café

Session 2 – Passing : des logiques collectives ?

11h00 – Les origines du passing aux États-Unis, une stratégie économique ?

Paul Schor (Université Paris Diderot-Paris 7)

11h20 – Le Désert huguenot (1685-1791) : un passing religieux ? Éléments pour une transposition notionnelle

Chrystel Bernat (Institut protestant de théologie)

11h40 – Les élites subalternes dalits et les enjeux politiques de l’identification par la caste en Inde

Nicolas Jaoul (CNRS, IRIS)

12h00 – Discutante :

Béatrice de Gasquet (Université Paris Diderot-Paris 7)

12h15 – Discussion générale

12h30 –Pause-déjeuner sur place

Session 3 – Face au contrôle des corps

13h30 – Transferts entre la minorité et la majorité ou comment faire le « bon âge » ?

Adeline Perrot (Université de Nantes)

13h50 – Passer pour une « vraie femme » pour franchir la ligne d’arrivée

Anaïs Bohuon (Université Paris-Sud)

14h10 – Discutante :

Isabelle Clair (CNRS, IRIS)

14h35 – Discussion générale

14h45 – Pause-café

Session 4 – Mobilités sociales par le passing ?

15h00 – Passer pour cis’ et se révéler trans’. Composer avec la mobilité de sexe en résistant à l’ordre du genre

Emmanuel Beaubatie (IRIS)

15h20 – Se faire ouvrier.e : l’établissement, un cas de passing inversé ?

Julie Pagis (CNRS, IRIS) et Karel Yon (CNRS, CERAPS)

15h40 – Franchir des frontières ou se déplacer dans des espaces
différenciés ? Diverses configurations du passing

Bastien Bosa (Universidad del Rosario, Bogota, Colombie)

16h00 – Discutant :

Nicolas Mariot (CNRS, CESSP)

16h15 – Discussion générale

17h – Pot de clôture de la journée