Mixité ou séparation des sexes dans les mondes religieux

Publié le 7 juin par Heta Rundgren

Atelier transversal du GSRL (Groupe Sociétés Religions Laïcités), le mardi 13 juin 2017, 9h-17h, salle de conférences, rez-de-chaussée, 59-61 rue Pouchet, Paris 17e.

La séparation des sexes dans les mondes religieux a prévalu ou prévaut encore comme un mode d’organisation privilégié. Ces « arrangements des sexes », comme les a appelés le sociologue américain Erving Goffman, s’enracinent dans des modes de pensée, des systèmes mythico-rituels, des cohérences théologiques, des héritages d’habitus et des représentations de genre qui ont été parfois remis en cause au cours du processus de modernité et plus encore d’ultra modernité. La séparation peut être spatiale, physique, ou correspondre à l’absence de participation d’un sexe à une activité ou un groupe en particulier ; elle peut être marquée, reconnue, ou relever d’un impensé social.

La mobilisation des femmes et les profondes transformations des rapports de genre ont participé à rendre les espaces publics davantage mixtes dans diverses sociétés à travers le monde. La mixité est même perçue en France aujourd’hui, à l’issue des polémiques récentes autour de la laïcité, comme un acquis à préserver, voire une nouvelle norme démocratique. Cette mixité s’est imposée de même dans nombre d’espaces religieux ; elle peut désormais apparaître comme un critère de différenciation des courants religieux. Tandis que dans les récentes recompositions religieuses, la demande de non mixité en Europe, notamment dans les écoles confessionnelles, resurgit comme un marqueur identitaire fort.

La mixité des sexes est devenue relativement récemment un objet d’analyse en sciences humaines et sociales dans le domaine du politique ou de l’éducation et a permis d’interroger les processus de normativité de genre et les fondements des pensées et des modalités de mise en oeuvre de la différenciation des sexes. Les moments de ruptures et de mutations ont été analysés tout en en montrant aussi les limites en termes d’acquis égalitaires.

Interroger les processus qui président à la séparation ou la réunion des deux sexes peut être dans le domaine des sciences sociales du religieux une démarche tout aussi fructueuse qui peut se nourrir des études en expansion sur genre et religions (cf. Journal Religion and Gender). Elle a été appliquée à la question scolaire, aux mouvements de jeunesse, aux rites et espaces religieux, à l’architecture. Nous proposons de prolonger et d’étendre cette analyse à d’autres domaines du religieux ou associés à lui – que ce soit dans les rituels, les pèlerinages, les institutions, les pratiques et la sociabilité religieuses, les mouvements de jeunesse ou les regroupements – et d’interroger les effets de ces pratiques en interne mais aussi dans l’insertion et l’adaptation, ou non, des individus au sein d’espaces séculiers mixtes. Les formes religieuses non liées à une tradition écrite ou révélée (chamanisme, culte des ancêtres, des esprits, pratiques magico-religieuses, etc.) constituent aussi un point d’observation privilégié pour étudier les processus et les représentations déterminant l’inclusion ou l’exclusion d’un sexe dans un certain espace ou activité.

Les imaginaires religieux sont aussi des lieux à explorer pour comprendre l’agencement des sexes, en conformité ou non avec les normes de la pratique. La séparation, ou au contraire la réunion des deux sexes, prévaut-elle dans l’iconographie, dans les représentations ? De quelle façon ?

Les questions soulevées par le thème de cet atelier commun sont nombreuses et variées. Comment se sont institués ces modes de répartition de genre ? Au nom de quels principes et valeurs, de quelles hiérarchies ? En prenant quelles formes, quelles expressions, quelles applications concrètes ? Dans quels espaces ? Avec quelles exceptions ? Quelles significations sont attribuées à la séparation ou à la réunion des deux sexes ? Selon quelles références normatives, religieuses et séculières, ou liées à la globalisation ? Quelles formes valorisées de masculinité et de féminité ? En lien avec quels autres critères de différenciation et hiérarchisation sociale, ethnique ou « raciale » ? Dans quelles interactions avec l’environnement social, politique et culturel ? Avec quelle implication corporelle ou vestimentaire ?

Comment procèdent les changements et lesquels ? Quelles en sont les conséquences ? Quelle capacité d’agir les femmes peuvent-elles, dans certains contextes, puiser dans la non-mixité, ou, au contraire, en quoi peuvent-elles être limitées par la ségrégation des sexes et la masculinité des pouvoirs ? Y a-t-il des divergences entre règles et pratiques ? Quelle place occupent les figures intermédiaires androgynes, indéterminées, ambiguës, ou transgenres ? Comment la normalisation de l’homosexualité dans plusieurs pays européens, nord et sud-américains et la reconnaissance des unions de même sexe remettent-elles en cause ou non les principes d’une séparation ? Dans quelle mesure les activités internationales d’organismes religieux ou séculiers aujourd’hui peuvent-elles affecter les pratiques de séparation de sexe dans une société ou une communauté donnée ?

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