Les concepts d’ "expérience", "agency" et "projet" au regard des migrations

Publié le 6 juin par Heta Rundgren

SÉMINAIRE PUBLIC DE L’ÉQUIPE CRESPPA-GTM
Genre, Travail, Mobilités :
Regards Croisés

La prochaine séance lundi le 19 juin 2017 de 14 à 17h dans la salle des conférences au CNRS, site Pouchet.

Avec des interventions de Jane Freedman (sociologie, Université Paris 8, GTM), Helena Hirata (sociologie, GTM-CNRS), Pascal Sebille (démographie, Université Paris Nanterre) et Albena Tcholakova (sociologie, GTM).

Quatre points de vue seront présentés sur l’intérêt que représentent les concepts d’‘expérience’, d’‘agency’ et de ‘projet’ au regard des migrations.

Helena Hirata analysera le concept d’expérience, tel qu’il apparaît dans les controverses théoriques des années 1970 et 1980, notamment à partir des positions de Edward P.Thompson, Louis Althusser et Stuart Hall, pour confronter ensuite la manière dont les chercheuses féministes, notamment Patricia Hill Collins et Kimberlé Crenshaw ont conceptualisé l’expérience à la lumière de l’imbrication du genre, de la race et de la classe sociale. Elle essayera également de montrer à partir de ses enquêtes de terrain à quel point le ‘projet’ migratoire, issu d’expériences situées, est pluriel et sexué. En effet, le poids de la situation familiale, de la situation professionnelle ou de la formation dans la structuration du ‘projet’ ne est pas du tout le même pour les hommes et pour les femmes.

Pascal Sébille interrogera la notion d’expérience migratoire en s’appuyant sur l’approche démographique. Si la notion d’expérience « de la migration » ou « en migration » est peu formalisée, on remarque cependant qu’elle est régulièrement utilisée comme résultante de parcours ou de trajectoires de mobilité, souvent associés aux histoires individuelles. Le fait de « migrer », et sa définition souvent
hétérogène, participent à la construction empirique de la notion d’expérience migratoire, comme autant de trajectoires de mobilités associées à d’autres trajectoires biographiques (scolaires, professionnelles, familiales). Réduire la notion d’expérience migratoire à la succession d’événements constitutifs de trajectoires individuelles composites, c’est laisser dans l’ombre la compréhension de leur édification au sein d’espaces multiples et imbriqués, où sont à l’oeuvre des contraintes, des incitations, des logiques et des stratégies, parfois contradictoires. Nous verrons comment il peut être pertinent d’associer la notion d’expérience à celles de transition et de rupture, mais aussi d’appréhender les expériences migratoires de manière dynamique, dans l’espace (géographique et social) et dans le temps
(individuel, historique, générationnel).

À partir de quelques réflexions issues de ses recherches sur les réfugié-e-s en Europe, et plus particulièrement sur leur quête de travail, Albena Tcholakova analysera la portée heuristique du concept d’expérience dans le champ des migrations et du travail. La quête de travail sera envisagée en termes d’expérience sociale dans une approche pragmatiste en suivant les travaux de John Dewey, en entendant par-là la manière dont l’héritage du pragmatisme s’est prolongé aussi bien dans les approches interactionnistes en termes de carrière que dans la démarche de la Grounded Theory. Sa thèse est que le fait de se référer au concept d’expérience permet de rendre compte de toute l’épaisseur du concept de carrière professionnelle (et ses deux dimensions objective et subjective) des réfugié-e-s et d’étudier tout particulièrement ce moment spécifique qu’est leur accès au travail.

Jane Freedman interrogera le concept d’‘agency’ à partir de ses recherches sur les réfugié-e-s en Europe, et en particulier sur une analyse genrée de la « crise » des réfugié-e-s et des politiques de réponse à cette « crise ». L’utilisation de la catégorisation de vulnérabilité pour identifier les réfugié-e-s qui ont le plus besoin d’être « aidé-e-s » ou « sauvé-e-s » est devenue de plus en plus fréquente. Mais
l’identification comme « vulnérable » peut avoir comme effet de limiter l’agency ou la puissance d’agir des réfugié-e-s. Comment alors proposer une protection à ceux ou celles qui en ont besoin, sans limiter cet agency, et sans parler à leur place pour identifier leurs besoins ?

La participation est ouverte à tou.te.s et libre d’accès.

Lieu :
CNRS, site Pouchet, 59/61, rue Pouchet, 75849 Paris, cedex 17

Contact :
Jane.FREEDMAN[at]cnrs.fr et Cornelia.MOSER[at]cnrs.fr

Secrétariat :
Sandra Nicolas : 01 40 25 10 60

Téléchargez l’affiche :

PDF - 418.2 ko