Le War Porn et les genres visuels travestis

Publié le 18 avril par Heta Rundgren

Une conférence de Michel Bondurand Mouawad (Université Paris 3) au séminaire "Performances culturelles du genre" organisé par

Anne Castaing (CNRS/THALIM), Mehdi Derfoufi (UNIL/IRCAV), Tiziana Leucci (CNRS/CEIAS), Fanny Lignon (Univ. Lyon 1/THALIM), Gianfranco Rebucini (IIAC-Laios, EHESS)

Lundi 24 avril - 15h à 17h

Attention ! La séance aura lieu à l’Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle

13 rue de santeuil 75005 Paris
Salle 123

Si la Guerre du Viêt-Nam et celle du Golfe avaient donné les premières occasions de spectacles immédiats sur les écrans installés dans les foyers américains, les guerres d’Afghanistan et d’Irak laissent apparaître une innovation supplémentaire : celle permise par l’enregistrement direct et intempestif d’images prises à la volée par les soldats grâce à leurs téléphones portables. Ces images – extrêmement violentes et non soumises à l’approbation de la hiérarchie militaire - ont trouvé leur place au sein de plateformes de diffusion de contenus pornographiques.

Au fil du temps, ces images de guerre ont parfois remplacé les contenus pornos en s’y substituant. Certaines plateformes se sont spécialisées dans la diffusion de ces images et leur fermeture a été demandée par l’armée américaine qui s’inquiète de leur révélation au public civil à travers une campagne médiatique de dénonciation qui forge immédiatement l’étiquette de War Porn pour qualifier ces images.

Cette intervention présentera un état des lieux chronologique et typologique afin de familiariser l’audience à ce contenu visuel qui sera interrogé sous plusieurs angles. La problématique générique permet de réfléchir à l’apport de ces images dans les discussions actuelles autour de la définition de la pornographie dite « 2.0 », notamment ses modes de diffusion et de consommation. On se demandera si le qualificatif de pornographique pour ces images de guerre ne sert qu’à valider un jugement dépréciatif opposable à tout contenu perçu comme culturellement illégitime ou s’il permet de mettre en lumière une nouvelle fonction culturelle de l’expression pornographique.
Enfin, on soulignera le constat paradoxal qui montre que des organisations officiellement "allergiques" au contenu pornographique vu comme le marqueur principal d’une culture occidentale décadente – notamment les organisations politiques islamistes telles qu’Al-Qaida et DAECH – utilisent cependant volontiers ces réseaux de distribution et la modalité expressive pornographique pour former leurs propres images de propagande.
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