"Favoriser le dialogue entre les chercheur-e-s et les acteurs/actrices de la société civile" Le cas de la recherche-action sur les femmes migrantes

Publié le 29 janvier par Institut du Genre

9ème séminaire itinérant du Réseau Universitaire et Scientifique Euro-méditerranéen sur le genre et les femmes, le vendredi 16 février 2018, à partir du 13h30, à l’Université Aix-Marseille.

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Dés sa création, le travail et la réflexion avec les acteurs/actrices de la société civile impliqué-e-s dans la promotion de l’égalité femmes-hommes ont constitué un objectif important pour le RUSEMEG. Dans ce sens, lors de ses huit derniers séminaires itinérants, ce réseau euro-méditerranéen a mis en place des rencontres et des séances de travail avec le monde associatif visant une meilleure connaissance du terrain.

Lors de ce 9ème séminaire qui se tiendra à Marseille, le RUSEMEG propose de porter la réflexion sur les rapports entre le monde de la recherche et celui des associations et des acteurs/actrices de terrain. Quelles sont les passerelles possibles entre le travail des chercheur-e-s sur le genre et les femmes et celui des associations ? Comment de l’un à l’autre, peuvent s’effectuer la transmission et le partage des connaissances précises et actualisées des situations des femmes ainsi que des rapports hommes-femmes afin de les rendre accessibles à tous et à toutes ? Comment envisager l’articulation entre recherche et action de terrain ?

Le RUSEMEG invite à un débat sur ces questions et partant sur la problématique de la recherche-action entendue comme mise en place de processus d’analyse partagés, associant la démarche scientifique à l’expérience et aux savoirs des acteurs de terrain. Afin de concrétiser le propos et la réflexion, ce séminaire souhaite se pencher sur le cas de la recherche-action sur les femmes migrantes et leurs parcours pour leur autonomisation et leur émancipation.

Le terme « femmes migrantes » recouvre des situations très diverses, des parcours diversifiés, parcours de migrations, parcours de vie, parcours professionnels…Cette notion de « parcours » montre une approche dynamique et non statique de ces réalités, qu’on peut relier à la notion, de construction (de son réseau, de son capital social, culturel, de son expérience, de ses ressources).

L’étude sur les femmes migrantes visera à en identifier les différentes catégories, à cerner leurs situations très diverses, leurs parcours diversifiés : parcours de migrations, parcours de vie, parcours professionnels… Il s’agira aussi de comprendre les évolutions des récentes migrations féminines.

Nous allons pointer les difficultés rencontrées par ces femmes mais aussi repérer et faire repérer les ressources et les aides dont elles disposent

Au cours de ce séminaire, nous allons cerner les évolutions des récentes migrations féminines, analyser et confronter les stéréotypes de sexe, d’âge, qui sont vecteurs de discrimination directe ou indirecte et limitent les choix et les libertés – ces stéréotypes pouvant évidemment être intériorisés par les personnes concernées et les autres acteurs. Nous allons repérer les difficultés, logement, santé, charge des enfants et donc problèmes de garde enfants, langue, isolement, le critère de nationalité pour certains emplois, mais aussi repérer et faire repérer les ressources dont disposent les femmes, y compris celles qu’elles ont acquis dans des emplois non déclarés, celles que fournissent des réseaux communautaires, ainsi que le courage, la volonté, la débrouillardise. L’expérience acquise à l’étranger est une ressource, mais la question de la reconnaissance de l’expérience et des diplômes acquis à l’étranger reste un casse tête.

Confrontées aux effets croisés et décuplés du racisme et du sexisme sur le marché du travail, les femmes des groupes ethniques minoritaires migrantes peuvent-elles prendre appui sur le travail pour conquérir de nouveaux espaces de liberté ? Certaines femmes utilisent collectivement la position de médiatrice interculturelle pour négocier des marges d’autonomie en dehors du couple et de la famille. À cette fin, elles se mobilisent dans une fonction d’utilité sociale permettant de réconcilier ambition individuelle et solidarité avec les membres de leur communauté d’origine. Les femmes migrantes, quand elles travaillent, sont souvent cantonnées dans les professions les plus féminisées, invisibles et les moins valorisées (ménage des entreprises, soins aux personnes, domesticité…). Elles sont, parmi les femmes, celles qui subissent le plus les discriminations raciales et le sexisme. Alors même que certaines d’entre elles sont très qualifiées et sont contraintes, du fait de la non reconnaissance de leurs diplômes, d’exercer une activité professionnelle bien loin de leurs aspirations légitimes.

Si l’accompagnement vers les métiers des services à la personne peut constituer une première étape, il semble indispensable d’aider ces femmes à se projeter dans une véritable carrière professionnelle et à sortir de ce seul vivier d’emplois exigeant peu de qualification. Les femmes formées au métier d’auxiliaire parentale doivent pouvoir passer ensuite le CAP petite enfance pour trouver un travail stable, et pourquoi pas gravir d’autres échelons de qualification, et par conséquent, atteindre d’autres niveaux de salaire.

Ce séminaire permettra de prendre connaissance d’expériences associatives des personnes d’associations spécialisées dans ces domaines de l’insertion et de l’orientation socio-professionnelle ou de la formation ou d’organisation de défense des droits des migrantes comme le réseau « Mêmes droits, mêmes voix. Elles ont toutes une riche expérience, s’efforcent de pratiquer du « sur mesure », avec un accompagnement très individualisé et interactif. Mais, même si elles sont toutes très engagées, certaines associations manquent parfois d’informations et de connaissances du marché de l’emploi, des structures, des dispositifs existants. Le rôle des acteurs du monde des entreprises sera présenté, car il est nécessaire aussi de sensibiliser les employeurs, les entreprises, les acteurs socio-professionnels notamment à l’action contre les discriminations et les stéréotypes, à la nécessaire ouverture des domaines d’emploi.

Cette rencontre avec les acteurs/actrices intervenant auprès des femmes migrantes ouvrira ainsi un débat sur les questions suivantes : Comment la recherche contribue-t-elle à la construction d’un savoir sur les femmes migrantes ? Comment peut-elle mettre à profit les actions et l’expérience des associations oeuvrant auprès des femmes migrantes ? Quelles sont les retombées de cette démarche sur cette population-cible ?