Conférences Odin Teatret à Paris

Publié le 5 avril par Isabelle PASTOR-SOROKINE

Conférences autour de l’Odin Teatret, organisé par Jean-Marie Pradier Professeur d’ethnoscénologie à l’Université Paris 8 avec le soutien de l’Université Paris 8, l’Université Paris 13, le CNRS, la SOFETH, le GIS Institut du Genre, la MSH Paris Nord.
les 14-15-16/05/2018 de 11h à 13h dans l’Auditorium de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (20, Av. George Sand 93210 La Plaine St Denis).

Lundi 14 mai 2018
11 :00-13 :00

Eugenio Barba :

« L’instinct de laboratoire »

Né en 1936 à Brindisi (Italie) Eugenio Barba a fondé l’Odin Teatret en 1964 à Oslo, à son retour de Pologne où il avait été l’assistant de Jerzy Grotowski. Lors de son transfert à Holstebro, au Danemark en 1966, la troupe a pris le nom de Nordiskteaterlaboratorium/Odin Teatret. Aujourd’hui ses 33 membres appartiennent à plus de onze pays et quatre continents. A la recherche de « l’art secret de l’acteur » dans les différentes cultures, E. Barba a créé en 1979 L’International School of Theatre Anthropology (ISTA). Son œuvre artistique et théorique a été récompensée par plusieurs distinctions académiques. Il est titulaire du titre de docteur Honoris Causa des universités d’Århus, Ayacucho, Bologne, La Havane, Varsovie, Plymouth, Hong Kong, Buenos Aires, Tallinn, Cluj-Napoca, Edinburgh, Shanghai et Brno, ainsi que de la "Reconnaissance de Mérite Scientifique" de l’Université de Montreal, et du Prix Sonning de l’Université de Copenhague.
Il a reçu les Prix de l’Académie Danoise, celui des critiques de théâtre mexicains, le Prix International Pirandello, et le Prix Thalia de l’Association Internationale des Critiques de Théâtre (IATC).

Les activités du Nordiskteaterlaboratorium/Odin Teatret comprennent : des spectacles présentés à Holstebro et en tournée ; des « trocs » avec divers milieux ; l’accueil de compagnies et de groupes de théâtre ; des cours au Danemark et à l’étranger ; l’annuel Odin Week Festival ; la publication de revues et de livres ; la production de films et de vidéos pédagogiques ; la recherche dans le domaine de l’Anthropologie Théâtrale lors des sessions de l’ISTA ; l’Université du Théâtre Eurasien ; la production de spectacles avec l’ensemble multiculturel Theatrum Mundi ; la collaboration avec le CTLS, Centre for Theatre Laboratory Studies de l’université de Aarhus pour l’organisation de l’annuelle Midsummer Dream School ; la Festuge (Semaine de Fête) de Holstebro ; le festival triennal Transit consacré aux femmes dans le théâtre ; OTA, les archives vivantes de la mémoire de l’Odin Teatret ; WIN, Workout pour navigateurs interculturels ; artistes en résidence ; des spectacles pour enfants, expositions, concert, tables rondes, initiatives culturelles et projets particuliers pour la communauté de Holstebro et les environs.

Mardi 15 mai 2018
11 :00-13 :00

Julia Varley :

« The Magdalena Project, un réseau international de femmes dans le théâtre contemporain »

Née à Londres en 1954, Julia Varley a vécu en Italie, puis elle a intégré l’Odin Teatret en 1976. Comédienne, metteure en scène, formatrice, auteure elle assume des responsabilités dans l’organisation et la réalisation des sessions de l’International School of Theatre Anthropology, l’université du théâtre eurasien et le festival international Transit dont elle est la directrice artistique. Elle a participé en 1986 à la fondation du Magdalena Project, un réseau international de femmes dans le théâtre contemporain dont elle dirige la revue The Open Page. Julia Varley est également membre du projet collaboratif international Women with Big Eyes, dont la première session s’est tenue en 2007 dans le cadre du festival Transit 5.
Julia Varley est l’auteure de deux ouvrages qui ont été traduits en plusieurs langues : Wind in the West – a novel by a theatre character, Londres, New York, Routledge, 2010. Notes of an Odin Actress – Stones of Water. Version française : Pierres d’eau – Carnet d’une actrice de l’Odin Teatret, (traduit de l’anglais par Eliane Deschamps-pria), préface de Josette Feral, Editions de L’Entretemps, collection Voies de l’acteur, 2009.
Ses articles et essais ont été publiés dans de nombreuses revues dont : The Mime Journal, New Theatre Quarterly, Teatro e Storia, Conjunto, Lapis, The Open Page, Performance Research, Teatro XXI et Máscara.

La place des femmes dans les arts du spectacle illustre par excellence le statut et le rôle qui leur sont octroyés dans les sociétés. L’ambivalence des attitudes à leur égard culmine dans les pratiques de la scène qui balancent entre l’usage et la consommation du féminin, la crainte de ses pouvoirs séducteurs et le refus de lui accorder un pouvoir égal à celui des hommes. Si quelques comédiennes marginales avaient su au XIXe siècle – à l’instar des rares femmes peintres – imposer leur liberté et leur autorité, les initiatives fédératrices affichant publiquement une volonté de partage d’expériences et de publicité du travail des femmes dans le théâtre sont apparues plus tardivement au XXe siècle, tout d’abord au sein du théâtre expérimental et du tiers-théâtre tenu à la marge d’un art fortement hiérarchisé.
Le Magdalena Project, né il y a 32 ans, est l’un de ces mouvements novateurs, d’autant plus frappant qu’il ne se limite pas au plan local, national, mais embrasse un vaste réseau international, sans exclusion aucune. Qu’un tel projet ait eu l’Odin Teatret pour partenaire n’est pas étonnant dans la mesure où cette troupe, fondée par un jeune italien du sud qui vivait en Norvège, pratique un nomadisme raisonné, ou plutôt une forme de transhumance régulière qui lui fait quitter son port d’attache d’Holstebro, au Danemark, pour des territoires lointains.
Le premier festival international des femmes du théâtre expérimental, The Magdalena Project eut lieu à Cardiff en 1986. 15 pays y furent représentés par trente femmes. Ateliers et rencontres y tinrent une place aussi importante que les spectacles. Auteure du premier ouvrage à en parler, Susan Bassnett, professeur à l’université de Warwick avait écrit de Magdalena, qu’il était un réseau complexe de recherches en cours . Cette première génération était celle de comédiennes qui en Europe et dans les Amériques, issues de troupes dirigées par des hommes engagés politiquement à gauche, avaient créé leurs propres compagnies. Quelques années plus tard, alors que le contexte international s’était profondément modifié, d’autres femmes ont voulu s’affranchir de la tutelle d’un théâtre expérimental, souvent didactique, conduit par des maîtres qui imprimaient leurs marques et monopolisaient l’attention des critiques et des théoriciens. Isolées, minimisées et cherchant à ne plus l’être, ces femmes aspiraient à exprimer leur propre créativité, à trouver et épanouir un langage féminin dans leur méthode, leur technique et pratique .
Magdalena, le nom du projet, est significatif. Il fait référence à Marie la Magdaléenne, Madeleine, qui dans la chrétienté est une figure hautement symbolique, controversée, discutée, honnie par les puritains, fantasmée par ceux qui y virent la maîtresse du Christ, citée une douzaine de fois dans les évangiles, disciple fidèle se tenant avec Marie au pied de la croix et cependant exclue des douze apôtres – des hommes - , modèle érotique pour les peintres qui trouvèrent motif à exposer la conversion d’une prostituée. Il est probable que Marie Madeleine n’en finira pas d’agiter les théologiens au moment où le monde religieux commence timidement à s’interroger sur son androcentrisme.
Historiquement, le Magdalena project est unique en son genre. L’ Actresses’ Franchise League anglaise fondée en 1908 pour promouvoir le travail des comédiennes, leur droit de vote et l’égalité avait vécu moins d’une dizaine d’années. A l’occasion du 25ème anniversaire de Magdalena, en 2011, fondatrices et participantes étaient revenues sur la nature et l’histoire du projet pour témoigner de son importance et de sa vitalité, tout en insistant sur le fait qu’il échappait à tout système d’organisation rigide. Trentenaire, Magdalena s’interroge sur le futur dans sa dernière publication : Future Conditional – Notes for Tomorrow .

Mercredi 16 mai 2018

11 :00-13 :00

Kai Bredholt

« Théâtre de la réciprocité, troc et transformances »

Né en 1960 à Copenhague, Kai Bredholt a suivi une formation dans le domaine de la construction navale. Devenu musicien folklorique, il a commencé à jouer dans les rues puis dans les bars, acquérant ses connaissances sur le tas, au contact régulier avec les musiques traditionnelles et populaires danoises et européennes. Il a rejoint l’ Odin Teatret in 1990, tout d’abord en tant que musicien et compositeur, puis en qualité d’acteur et d’organisateur, médiateur et metteur en scène de trocs et de transformances (théâtralisation d’un milieu social particulier). Kai Bredholt a mis en scène des spectacles de rue pour des groupes de théâtre un peu partout dans le monde et il a créé un spectacle de cirque particulier avec des acteurs, des animaux domestiques, des fermiers avec leurs bêtes, des danseurs sur tracteurs et plus encore. Van Gakk est le personnage de clown que Kai Bredholt interprète pour les enfants, seul ou avec d’autres clowns, au Danemark et à l’étranger. Il collabore également avec un club local de Tae Kwondo, des danseurs traditionnels et un berger pour créer des situations théâtrales, et avec l’architecte Anton Ryslinge pour créer des espaces scéniques de plein air, avec de la glace par exemple ou des balles de paille. Depuis 1992 il est membre de la troupe de l’ ISTA (International School of Theatre Anthropology).