Pour une sociologie politique des minorités sexuelles et de genre

Publié le 15 novembre par Institut du genre

ST21 "Pour une sociologie politique des minorités sexuelles et de genre"

Si la science politique a tardé à analyser les questions que posent les identités de genre et les sexualités minorisées, un champ de recherche s’est tout de même développé ces trente dernières années mais ces travaux ont essentiellement porté jusqu’à présent sur les mobilisations collectives, les revendications et répertoire d’action, les débats autour de l’extension de droits civils et reproductifs aux populations LGBTQ, et les politiques publiques qui en ont découlé (pour une revue de littérature francophone, voir Paternotte & Perreau, 2012 ; européenne, voir Paternotte, 2018). Les questionnements classiques de la sociologie politique en termes de politisation et de rapport au politique appréhendé à l’échelle individuelle, de participation à la politique institutionnelle, et de représentation politique ont quelque peu été laissés de côté. Les comportements électoraux des personnes LGBTQ, absent-e-s des enquêtes et sondage européens, leur rapport aux administrations, et particulièrement celui des personnes trans’, pour qui la moindre interaction met en jeu la possession de papiers d’identité conformes ou non à leur identité de genre, les trajectoires de professionnalisation politique de militant-e-s LGBTQ, et notamment l’investissement dans un parti politique, les effets d’une orientation sexuelle minoritaire sur le rapport à la politique des individus ou ceux d’un engagement militant sur les identifications ou pratiques sexuelles, sont autant de questions dont la sociologie politique, en particulier francophone, s’est encore assez peu saisie. Cette section thématique propose de continuer à poser les fondements d’une sociologie politique des identités de genre et des sexualités minorisées, à travers deux axes.

Axe 1 : Politisation, participation conventionnelle et représentation élective des personnes LGBTQ
Ce premier axe propose d’approcher les personnes minorisées en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle comme citoyenne.ne.s, électeurs/trices, militant-e-s dans des partis politiques, voire comme élu-e-s, et d’analyser les rapports souvent ambivalents, d’adhésion, de distance, de rejet, qu’elles entretiennent vis-à-vis du champ politique et des administrations de l’État. Certains travaux, surtout nord-américains, suggèrent par exemple une moindre abstention électorale (Egan, Edelman, & Sherrill, 2008), une tendance au vote pour des partis de gauche plus forte chez les LGB que dans le reste de la population (Lewis et al., 2011 ; Perrella et al., 2012 ; Kraus, 2012), ainsi que l’existence d’un gender gap entre gays et lesbiennes en terme de comportement électoral (Brouard, 2017 ; Hertzog, 1996). D’autres, s’inscrivant dans les débats sur l’homonationalisme en Europe (Colpani & Habed, 2014), rappellent par exemple que la sexualité peut participer de la construction des nationalismes (Jaunait, Le Renard, & Marteu, 2013), et posent en creux la question des logiques de l’adhésion des gays et lesbiennes à des partis d’extrême-droite qui peuvent s’adapter à cet électorat (Crépon, 2015). De tels travaux et pistes de recherche méritent d’être discutés, répliqués et approfondis. On pourra notamment se demander, sans exhaustivité :
·Quelles méthodes et protocoles d’enquête adopter pour mesurer ce que la sexualité/l’identité de genre fait à la politisation, aux comportements électoraux et aux identifications partisanes des personnes LGBTQ ?
·Comment l’expérience de la minorisation liée à la transidentité, à l’homosexualité ou à la bisexualité participe-t-elle de la construction du rapport à la politique des personnes LGBTQ ? Peut-elle être un déterminant de l’adhésion à et de l’engagement dans un parti politique, et si oui, comment ?
·Qu’est-ce qui se joue lorsque des personnes LGBTQ accèdent à un mandat électoral, ou lorsque des élu-e-s révèlent publiquement leur homosexualité, bisexualité, ou transidentité ? Une orientation sexuelle ou une identité de genre minoritaire ne constitue-t-elle qu’un handicap pour une carrière politique ? À quelles conditions sa révélation peut-elle constituer une ressource politique ? L’expérience du placard fabrique-t-elle des dispositions mobilisables dans la sphère politique comme cela est suggéré pour d’autres mondes professionnels (Pollak, 1982) ?

Axe 2 : Socialisations militantes, socialisations sexuelles et rapports au politique
Ce second axe s’intéresse aux interactions entre, d’une part, le militantisme LGBTQ, et d’autre part, les identités et pratiques sexuelles ainsi que les rapports au politique, à l’échelle individuelle plutôt qu’à celle des mouvements et mobilisations collectives.
·Quels sont les déterminants sociaux et politiques de l’engagement et du non-engagement dans un groupe militant LGBTQ ? Quel rapport au mouvement LGBTQ entretiennent les personnes ayant des rapports sexuels avec des partenaires du même sexe mais qui ne s’identifient pas comme lesbiennes, gaies, ou bisexuelles (Ward, 2015) ?
·Que fait la socialisation militante aux « orientations intimes » (Bozon, 2001), aux corps LGBTQ (Nicaise, 2016), aux manières de se définir et de se comporter sexuellement ?
·Quels sont les effets de la socialisation au sein d’une organisation LGBTQ sur les rapports des hommes et des femmes LGB cisgenres à leur identité de genre et au féminisme ?
·Quelle inflexion dans les identifications partisanes et dans la trajectoire de vote d’un individu la socialisation dans une organisation LGBTQ peut-elle avoir ?

Les contributions doivent être fondées empiriquement et mobiliser des données d’enquêtes. Outre les contributions de politistes, les propositions de contributions de sociologues du genre et des sexualités pouvant éclairer ces questionnements seront les bienvenues. Les communications qui s’inscriraient dans ces axes mais portant sur l’hétérosexualité et qui s’attacheraient à la dénaturaliser et à la problématiser sont également concernées. Enfin, la prise en compte des effets et de l’éventuelle imbrication des rapports sociaux de race, de classe, d’âge, de handicap, etc., est vivement encouragée.

Les propositions de communication d’une longueur de 4000 signes sont à adressées au plus tard le 12 décembre 2018 aux responsables scientifiques de la ST : Hugo Bouvard et Mickaël Durand.

Informations sur le congrès.