Mobilisations des minorités sexuelles et de genre en dehors du « Nord global » : (dé)politisation, circulations transnationales et résistances

Publié le 13 novembre par Institut du genre

ST 24 du congrès de l’AFSP.
Responsables scientifiques : Agnès Chetaille (post-doctorante Marie Skłodowska-Curie, Université libre de Bruxelles) et Christophe Broqua (CNRS, IMAF).

Les mobilisations des minorités sexuelles et de genre ont marqué l’histoire politique et sociale de la plupart des pays d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest au cours des trente dernières années, menant à des transformations importantes, notamment au niveau juridique. Par contraste, le reste du monde est souvent désigné comme celui de l’hostilité à l’homosexualité ou à la diversité de genre. Certain·e·s, dans la littérature profane (Martel, 2013) mais aussi en science politique (par ex. Adamczyk, 2017) soulignent ainsi les écarts entre des pays supposés « avancés » et d’autres prétendument « en retard » sur une ligne de progrès social généralement évalué à l’aune du droit. Les analyses de l’« homonationalisme » (Puar, 2007) et de l’« impérialisme gay » (Massad, 2002 ; Ali, 2017) ont pointé les fondements évolutionnistes, orientalistes et (post-)coloniaux de cette opposition entre les Occidentaux libéré·e·s et les Autres réprimé·e·s et arriéré·e·s (Jaunait et. al., 2013). Cet espace de réflexion critique s’articule cependant trop rarement à l’analyse précise de l’émergence de mobilisations dans de nombreux contextes politiques et culturels, ainsi que de la transnationalisation des causes et ses effets.
L’objet de cette session est de présenter des recherches empiriques cherchant à dépasser le paradigme de la simple « imposition » – d’identités, de formulation de causes, de modes d’action – de « l’Occident » vers le reste du monde, pour produire des analyses plus complexes des dynamiques à l’œuvre. La session sera l’occasion de mener une réflexion plus globale sur des phénomènes circulatoires qui traversent l’ensemble des terrains étudiés, et qui touchent à la fois le champ de l’étude des mouvements sociaux et celui, de façon plus originale, des relations internationales (Weber, 2016). Les contributions devront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants.

1. Quelles sont les manières de « faire groupe » pour les minorités sexuelles ou de genre dans les contextes étudiés ? L’émergence ou la (re)formulation d’identités collectives représentent souvent un moment crucial du processus de mobilisation autour de pratiques auparavant perçues comme « privées » et prises en charge par diverses institutions sociales en dehors de l’espace politique. La fabrique des identités (Broqua & Eboko, 2009), dans un contexte de circulations transnationales, et les dynamiques de (dé)politisation de ces identités, constituent un premier axe d’analyse comparée.

2. À quelles ressources les mobilisations étudiées ont-elles recours ? Quelles continuités existent localement avec d’autres formes de regroupement ou avec d’autres moments politiques, quelles sont les alliances possibles avec d’autres types de mobilisations et au niveau des acteurs politiques et institutionnels ? Quels sont les rapports des mobilisations avec des organisations LGBT transnationales ou basées en « Occident », ainsi qu’avec les institutions et les bailleurs de fonds internationaux ? Au même titre que pour les mobilisations autour « du genre » (Cîrstocea et. al., 2018), on peut se demander si ces relations sont toujours génératrices de ressources, et si oui desquelles ?

3. Un troisième axe examine les effets des articulations entre le niveau local et le niveau transnational sur la dynamique interne des mobilisations. En particulier, quelles conséquences le degré de proximité avec les arènes internationales a-t-il sur les modes d’organisation, les divisions, les hiérarchisations entre groupes et entre militant·e·s ? De quelles façons influence-t-il la participation des personnes trans’, des femmes et en particulier des lesbiennes, des personnes issues de milieu rural ou populaire ? Quels sont par ailleurs ses effets sur la définition de la cause et sur les modes d’action ?

4. Enfin, à quelles formes d’obstacles ces mobilisations font-elles face ? Les résistances locales à ce type de mobilisations sont souvent tout autant ancrées dans des circulations transnationales complexes que leurs opposant·e·s (Weiss & Bosia, 2013). Comment, dès lors, peut-on analyser les différents types d’écueils rencontrés par ces mobilisations en dépassant l’opposition simpliste entre ressources issues des acteurs transnationaux et résistances exercées par les acteurs politiques locaux, souvent nationalistes ou religieux, et décrits comme isolés dans un souverainisme provincial ?

Les propositions de communication ne doivent pas excéder 500 mots.
Elles doivent être envoyées avant le 12 décembre 2018 à Agnès Chetaille et Christophe Broqua.