Jouer avec le genre dans les arts de la parole

Publié le 1er décembre 2015 par Equipe GIS IdG

Jouer avec le genre dans les arts de la parole

Délai de soumission : dimanche 31 janvier 2016

Publication dans Cahiers de littérature orale, no 80 (2016/2)
Sous la direction de Sandra Boehringer, Sandra Bornand et Alice Degorce

Argumentaire
Dès ses débuts, l’anthropologie s’est intéressée, sans le formuler explicitement, aux relations sociales entre les sexes (Mead 1963 [1935], en particulier). En continuité épistémologique, les études sur les arts de la parole ont, depuis une vingtaine d’années, intégré ce questionnement à leur champ : en 1993, le numéro des Cahiers de Littérature Orale, dirigé par Geneviève Calame-Griaule et intitulé "Le pouvoir de la femme", analysait les rapports de sexe, sous l’angle de la domination, dans les performances orales (qu’elles soient produites par des hommes ou par des femmes). De ces différentes études se dégageait avant tout l’image d’une figure féminine ambivalente : dévalorisée dans les discours masculins, objet de crainte en raison d’un pouvoir irrationnel et magique (Calame-Griaule (dir.) 1993). Dans les mêmes années, deux autres problématiques apparaissaient dans les recherches en littérature orale : les représentations du féminin (analysées par Messaoudi 1999 par exemple) et l’identité des performers, selon les registres de parole ou des répertoires (étudiés par Baumgardt 2000 et Fernandez 1998 notamment).

Pourtant, alors que Gregory Bateson travaillait, dès les années 1920, sur les rituels de travestissement (dans le contexte du Naven) et que de nombreux anthropologues intégraient, dans leurs travaux, ces nouvelles approches du rituel, l’étude des pratiques d’hybridations, de jeux et de transformations des rôles masculins et féminins reste, aujourd’hui encore, marginale dans les recherches en littérature orale. Il s’agit donc, dans ce numéro intitulé "Jouer avec le genre dans les arts de la parole", de réunir des travaux recourant à l’outil contemporain du genre pour mettre en évidence les multiples façons qu’ont des groupes sociaux, dans leurs performances orales, de jouer avec les normes de genre. Sont entendus, ici, par arts de la parole autant les genres désormais considérés comme "classiques" en littérature orale – chants, contes, poésies, épopées, par exemple – que d’autres esthétiques langagières moins étudiées, tels l’art oratoire et les chansons populaires et urbaines (voir la variété des pratiques discursives étudiées dans Calame et alii, 2010).

Le genre, selon la méthode formulée dans le champ historique par Joan Scott dans les années 1980 (Scott 1988) et développée dans diverses disciplines par de nombreux chercheurs (Ortner et Whitehead 1981, Mathieu 1985, Butler 2006, Thébaud 2007, Théry 2007), permet à la fois d’historiciser les catégories, de dénaturaliser les identités et de percevoir les différentes manières dont les sociétés construisent non seulement les différenciations femmes/hommes, mais aussi les hiérarchies (Rubin 2010 [1975-1984]). Les performances orales que ce numéro se propose d’étudier peuvent constituer un acte d’énonciation – et d’affirmation – des normes traditionnelles, mais elles peuvent également créer le lieu et l’occasion de transgresser de ces mêmes normes : dans ce cas, elles deviennent un acte performatif de construction des corps et de nouvelles identités. Deborah James, par exemple, a étudié la façon dont des femmes sud-africaines se sont approprié un répertoire oral traditionnellement réservé aux hommes, tout en redéfinissant les rôles sociaux masculins et féminins en migration (James, 1999). C’est donc également une capacité d’agir des performers que produisent ces jeux sur le genre (Mahmood 2009), qu’il sera utile d’étudier dans différents contextes culturels.

Par le biais du jeu, de l’hybridation ou du métissage, certaines performances verbales déplacent les lignes de partage traditionnelles entre masculin et féminin, et brouillent les frontières du genre – entendu au deux sens du terme (genre formel et gender). Dans un contexte contemporain, où les normes de genre font de plus en plus souvent l’objet de revendications et alimentent les débats publics, il sera opportun d’analyser les usages de ces performances orales : comment portent-elles des discours nouveaux ? Quels sont les processus de leur diffusion ?

- Les contributeurs-trices sont invité-e-s à soumettre des propositions explorant des événements sociaux ou des arts de la parole qui mettent en scène ces brouillages : rites de passage ou d’inversion, carnavals, manifestations d’affirmation d’identités multiples (la marche des fiertés LGBTQI, par exemple).
Ces manifestations produisent-elles une émergence de mouvements nouveaux, ou ont-elles pour effet de réaffirmer des normes conventionnelles ? Quelles formes prennent les réactions verbales et émotionnelles des acteurs de ces performances ?

Les propositions d’articles devront être basées sur des exemples empiriques d’arts de la parole et de performances. Elles pourront concerner toutes les aires culturelles, sans limitations géographique ou historique, de l’Antiquité à nos jours.

Calendrier et procédure
Les intentions de contributions (titre et résumé ne dépassant pas 1000 signes) doivent être adressées à Sandra Boehringer (s.boehringer@unistra.fr), Sandra Bornand (s.bornand@bluewin.ch) and Alice Degorce (alice.degorce@ird.fr) le 31 janvier 2016 au plus tard.

Les articles sélectionnés devront être remis le 31 octobre 2016.

Les articles doivent être écrits en français ou en anglais ; le titre, le résumé et les mots clés sont à donner dans les deux langues.

La note aux auteurs est disponible sur le site de la revue.

Une bibliographie sélective est disponible sur le site de la revue à l’adresse ci-dessous.
http://clo.revues.org/2237