Genre et formes d’organisation dans l’action collective

Publié le 13 novembre par Institut du genre

ST 19 du congrès de l’AFSP
Responsables scientifiques : Emmanuelle Bouilly (Université Laval, Québec) et Julie Le Mazier (CESSP, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne).

Le paradigme dominant en sociologie de l’action collective, celui de la mobilisation des ressources, fait des organisations et de leur travail militant une variable explicative de l’émergence des mouvements sociaux (McCarthy, Zald, 1977). Partant, la variété des formes d’organisation utilisées pour contester a plus rarement été appréhendée comme une variable à expliquer. Les travaux fondés sur une analyse en termes de genre ou portant sur des mouvements de femmes font de ce point de vue exception (Staggenborg, 1988, Polletta, 2002). La longue exclusion des femmes de la politique, ou leur expérience de la domination dans les organisations mixtes, les disposeraient à innover en matière de répertoire organisationnel (Clemens, 1993) et à privilégier des modes d’organisation horizontaux, délibératifs et informels (Brown, 1989).
Le risque est alors de céder à une vision essentialisante des femmes et de leurs rapports aux pratiques contestataires, qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Il existe des mobilisations de femmes fortement hiérarchisées en interne. Des formes d’organisation informelles dans les mouvements féministes peuvent engendrer des rapports de domination lorsque les relations affinitaires excluent les moins insérées au groupe de l’accès à l’information et de la prise de décision (Freeman, 1972-1973). C’est pourquoi cette section thématique se propose d’explorer à nouveaux frais la question des formes d’organisation dans l’action collective sous l’angle du genre. Celui-ci peut en effet se révéler heuristique pour saisir les rapports de pouvoir qui traversent les mobilisations et leurs effets sur le recrutement et le désengagement (Dunezat, 2009) comme sur les tactiques adoptées (Staggenborg, 1989). Inversement, les organisations des mouvements sociaux apparaissent comme des terrains privilégiés pour interroger les formes de pouvoir des femmes, les rapports de domination entre femmes, et la façon dont la hiérarchie entre les sexes peut se reconfigurer dans des espaces critiques de l’ordre social.
L’enjeu est de comprendre la manière dont une configuration, historiquement et socialement située, des rapports sociaux de sexe, eux-mêmes imbriqués dans des rapports de classe, d’âge et des processus de racialisation, façonne les manières contestataires de s’organiser, et en retour ce que l’organisation fait aux rapports de genre, au sein de collectifs féminins ou mixtes, protestataires ou non, communautaires, associatifs ou syndicaux.

Trois axes seront privilégiés :
1/ Genre et répertoire organisationnel
On s’intéressera d’abord à la dimension genrée des répertoires organisationnels. Il s’agira de questionner la manière dont les rapports de genre déterminent l’orientation des protestataires vers certaines formes organisationnelles et les modalités de prise de parole ou de décision adoptés. On analysera la manière dont hommes et femmes perçoivent comme accessibles, légitimes ou pertinentes certaines formes organisationnelles.

2/ Division sexuée du travail militant et styles de leadership
Les études sur le genre dans les mouvements sociaux ont permis de complexifier la conception du leadership, sans le réduire aux rôles d’initiateur et de porte-parole souvent tenus par les hommes (Robnett, 1996, Fillieule, 2009). En ce sens, les communications pourront interroger les effets du genre sur les relations entre participant.e.s, sur leurs transactions affectives et matérielles, sur les hiérarchies formelles ou informelles et sur la division du travail militant. On s’attachera à identifier la façon dont les socialisations genrées disposent à occuper ou rejeter tel ou tel rôle et à effectuer telle ou telle tâche. Une attention particulière sera portée aux rapports de domination (et leur justification, invisibilisation ou critiques) dans des organisations féminines ou des collectifs affichés comme acéphales ou égalitaires entre les sexes.

3/ Le façonnage organisationnel des rapports de genre et de pouvoir
Le dernier axe abordera les effets des modes d’organisation en termes de reconfiguration des rapports sociaux de sexe et des modes d’exercice du pouvoir. A quelles conditions la hiérarchie entre les sexes peut-elle être contestée dans et par les espaces contestataires ? Des contributions étudiant les formes et effets de modes d’organisation destinés à combattre les inégalités de participation dues au genre, ou la façon dont des mobilisations antisexistes internes aux organisations mixtes les transforment, seraient notamment appréciées.

Cette section thématique est ouverte à des contributions privilégiant une approche empirique, en science politique, sociologie ou histoire, sur des terrains français comme étrangers.

Proposition à envoyer avant le 12 décembre 2018 à Emmanuelle Bouilly et à Julie Le Mazier.