Genre et féminismes dans les Amériques latines

Publié le 30 août par Institut du genre

La cause féministe a de multiples voix. Si le mouvement féministe est indubitablement international, il émerge et s’enracine dans des contextes sociaux particuliers et se constitue en consonance avec les traditions politiques et théoriques locales. Les féminismes latino-américains ont leurs propres voix et voies. Nés dans des contextes marqués par des cultures et des sociétés autochtones, par la colonisation, par leur position périphérique dans le système capitaliste, parmi d’autres, ils se sont structurés, malgré les similitudes avec leurs congénères en Europe et en Amérique du Nord, de façons diverses. Ils ont donc une histoire, avec des dynamiques et des chronologies qui leur sont propres.

Les études de genre en Amérique Latine ont aussi parcouru des chemins qui leur sont spécifiques. Elles se développent depuis quelques décennies dans plusieurs pays de cette région. De nombreuses enquêtes et travaux ainsi que des centres de recherches et des revues spécialisées ont vu le jour dans les trente dernières années (Revista Estudos Feministas et Cadernos Pagu au Brésil, Revista Venezolana de Estudios de la Mujer au Venezuela et Debate Feminista au Mexique, pour n’en donner que quelques exemples). Quelques-unes de ces réflexions arrivent en France mais de façon encore marginale. Depuis les années 1970, il existe en France des travaux portant sur le genre et l’Amérique Latine, bien que ce ne soit pas formulé dans ces termes, et, de plus en plus, des étudiant.e.s latino-américain.e.s mènent leurs travaux dans ce pays sur ces questions.

Cet appel à communications vise à attirer des personnes intéressées pour présenter leurs recherches théoriques ou de terrain portant sur le genre et les féminismes dans les Amériques latines. On encourage l’envoi de communications à propos de plusieurs thématiques qui prennent le genre en compte. Des sujets comme le travail, la politique, la question raciale, la culture en Amérique Latine sont encore appréhendés à partir du neutre masculin. « Genrer » les lectures sur cette région est aussi un élément important dans cet atelier.

Par rapport au féminisme, plusieurs questions nous intéressent : quelles ressources théoriques et politiques sont mobilisées dans les luttes ? Quelles sont les pratiques, les alliances ? Quel rôle le féminisme a eu et continue d’avoir dans les transformations considérées comme plus « générales » ? Les féminismes latino-américains se sont modifiés historiquement à l’issue des changements politiques, économiques et socioculturels régionaux ou internationaux mais ils ont aussi eu une part active dans ces changements. Comment ce mouvement a-t-il participé à ces transformations et comment a-t-il genré les luttes et questions qui ne sont pas proprement féministes ?

Il s’agit aussi de mettre en question la pertinence de la catégorie « Amérique Latine » et les liens qui nous unissent. Quelles luttes communes façonnent les femmes dans cet espace et comment les construisent-elles ? Un passé similaire marqué par la colonisation est-il un élément fédérateur et suffisant pour parler d’un espace commun ? Ou bien, s’agit-il plutôt d’éviter la réitération d’un terme colonial et homogénéisant, en créant à sa place des nouvelles catégories et discours ?

La féministe noire brésilienne Lélia Gonzales propose la notion d’Améfricanité pour mettre en avance l’importance de l’héritage africain dans cette partie du continent. D’autres concepts et approches ont été élaborés pour nommer des questions et problématiques de cette région. Comment ses catégories se sont forgées et quelle est leur portée ?

Les féminismes, au-delà des différences, partagent souvent des mots et des pratiques. Dans les années 1960-1970, des concepts comme le patriarcat ou des activités comme les groupes de parole (consciousness raising groups) ont traversé les frontières et ont été traduits dans plusieurs contextes. Comment s’est fait ce dialogue entre cultures militantes, la traduction culturelle des catégories et pratiques, c’est-à-dire, comment ses concepts et pratiques voyagent et sont « actualisés » (ou non) ? Dans quel sens et de quelle manière se sont faits ses voyages ?

On est particulièrement intéressé.e par les réflexions qui mobilisent des approches intersectionnelles, décoloniales ou postcoloniales ainsi que par les réflexions sur l’afroféminisme et le féminisme indigène. Comment race, genre et classe s’articulent et se sont articulés dans les différents contextes et comment ces articulations ont été pensées (ou pas) par les féminismes et par des travaux portant sur cette région du monde ? Comment les questionnements décoloniaux et postcoloniaux nous aident à penser cette région ? Les mobilisations pour la légalisation de l’avortement, contre le harcèlement, les mouvements pour la défense de ressources naturelles ainsi que la place des femmes dans des contextes autoritaires et dictatoriaux sont quelques-uns des sujets qui nous sont chers.

Malgré le grand nombre de chercheuses et de chercheurs latino-américain.e.s et de plusieurs nationalités travaillant sur le genre et les féminismes dans les Amériques Latines, rares sont les espaces de discussion et d’échange sur ces sujets en France. Cet atelier a pour but d’être un espace de rencontre, de discussion et de débat autour de ces thématiques. Il propose aussi de promouvoir les échanges entre les théories féministes hispanophones et lusophones des Amériques latines avec les théories nées dans d’autres contextes. Nous visons aussi la diffusion en France de la pensée et des recherches d’intellectuelles féministes latino-americaines.

On cherche à rassembler des chercheur.e.s mais aussi des militantes, dans une approche qui considère importante le dialogue entre savoirs produits à partir de différentes positions. On envisage également de problématiser les vécus des femmes latino-américaines en France et leurs implications dans un militantisme féministe (à l’étranger), ainsi que les conséquences pour leurs recherches menées en France.

Questions pratiques
Nous encourageons les personnes intéressées à nous faire parvenir les informations ci-après avant le 30 septembre à l’adresse suivante : feminismesameriqueslatines@gmail.com
· Nom, prénom et institution, école ou groupe de rattachement
· Un titre et un résumé de la communication de max. 2500 signes en français, portugais, espagnol ou anglais ainsi qu’une mini-biographie.

Le comité scientifique sélectionnera les candidatures et une réponse vous sera communiquée dans les plus brefs délais.

Le comité organisateur :
Maira ABREU, doctorante à l’Université Paris 8
Lizbeth GUTIÉRREZ, maestrante à l’EHESS
Alejandra PEÑA MORALES, doctorante à l’Université Paris 8
Yolinliztli PÉREZ HERNÁNDEZ, doctorante à l’EHESS
Tania ROMERO BARRIOS, doctorante à l’Université Paris 8
Diego UCHUYPOMA SORIA, maestrant à l’EHESS
Izadora XAVIER DO MONTE, doctorante à l’Université Paris 8