ACC : Numéro "Éduquer en Asie Mixité, égalité des sexes et enjeux spatiaux", Cahiers d’Outre-Mer

Publié le 20 mars par Heta Rundgren

Ce numéro 276 des Cahiers d’Outre-Mer propose d’interroger l’effectivité de la mixité et de l’égalité des sexes dans les systèmes scolaires des différents pays d’Asie. Une approche multidisciplinaire avec des démarches ascendantes ou descendantes permettra de mettre en valeur les différents acteurs de ces espaces. À travers une approche comparative qui inclut la diversité des trajectoires nationales et la circulation transnationale des idées et des savoirs, il s’agira de montrer dans quelle mesure la mixité et l’égalité des sexes définissent des dynamiques et des enjeux spatiaux dans lesquels évoluent des individus comme des groupes, rattachés aux institutions comme aux politiques.

Argumentaire
Les COM sont une revue semestrielle, référencée par l’AERES/HCERES, dotée d’un comité de rédaction et d’un comité scientifique, publiée par les Presses universitaires de Bordeaux, et soutenue par le laboratoire LAM (UMR. 5115) « Sciences Po Bordeaux ». Cette revue est animée par une équipe pluridisciplinaire, soucieuse de l’interaction entre politique et espace, entre milieux et sociétés. Le numéro 276 propose d’interroger l’éducation comme phénomène régulé par des instances nationales et internationales.

Selon le rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes (The Global Gender Gap Report), publié en 2014 par le Forum économique mondial, pour le domaine de l’éducation, les Philippines obtiennent la première place, loin devant le Japon (93e place). Les disparités socio-économiques des différents pays d’Asie laissent alors place à un point commun : un système éducatif où l’égalité des sexes est loin d’être accomplie. Ainsi, le Sri Lanka obtient la 59e place, l’Indonésie la 78e, la Chine la 89e, la Corée la 103e et le Cambodge la 124e. Ces indices, certes discutables dans leur construction et leur élaboration, invitent à comparer l’éducation dans les pays d’Asie, qu’ils soient du Nord ou du Sud. Du Japon à l’Inde, on s’interrogera sur l’éducation comme phénomène régulé par des instances nationales et internationales.

Après la seconde guerre mondiale, la plupart des pays d’Asie ont mis en place des scolarités où la mixité filles-garçons est devenue obligatoire (Gail, 1990). Les principes de cette mixité scolaire ont souvent été remis en cause et son application continue de différer selon le type d’établissements (privés, publics) ou le niveau scolaire (du pré-primaire à l’enseignement supérieur). L’école se propose d’être un lieu où l’égalité filles-garçons est effective, offrant des espaces partagés qu’il convient d’interroger autant à l’aune du discours officiel que dans la pratique scolaire quotidienne (Maruéjouls, 2014). L’analyse montre que l’institution scolaire produit un genre scolaire hiérarchisant, malgré des politiques éducatives en faveur de l’égalité filles-garçons (Di Méo, 2011 ; Collet, 2016). Elle reste un lieu d’apprentissage des rapports sociaux de sexe où s’exerce une forte influence du contrôle social.

Ce numéro des Cahiers d’Outre-Mer interroge ainsi l’effectivité de la mixité et de l’égalité des sexes dans l’éducation dans les pays d’Asie, par une approche multidisciplinaire entrecroisant les démarches ascendantes ou descendantes qui mettront en valeur les différents acteurs de ces espaces. La mixité est-elle l’objet d’un pilotage directif ou prend-t-elle en compte les représentations et les attentes des individus face aux institutions ? Ces savoirs sont-ils coproduits et réinvestis par les acteurs locaux ou sont-ils l’objet d’un pilotage participatif, s’appuyant sur des initiatives développées localement ? Il est également intéressant d’envisager ces systèmes scolaires comme une des transformations qui caractérise la zone Asie. L’intérêt de mettre en perspective les différents pays d’Asie est aussi de souligner la diversité des trajectoires nationales. Ancrés dans des processus de décolonisation et pour la plupart de mise en place de régimes capitalistes, les pays asiatiques et sud-est asiatiques peuvent être considérés comme un ensemble : ils ont connu de grandes transformations socioéconomiques depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Dans un contexte démographique au poids considérable, la transformation des systèmes sociaux de ces pays est marquée par la circulation transnationale des idées et des savoirs. Les lieux de l’éducation sont autant d’espaces des sociétés. Ils offrent des situations négociées en fonction des particularités nationales et des initiatives de groupes d’individus, où la mixité contribue à définir un certain droit à l’école (Peppin Vaughan, 2013 ; Anjum, 2011 ; Bélanger, 2004 ; Liu, 2004 par exemple). Les individus ne sont pas de simples sujets récepteurs de normes. Plus qu’une disposition morale, la mixité a pour ambition de soutenir l’encapacitation des jeunes filles (Drèze, Sen, 2014). Qu’ils proviennent d’élèves ou d’enseignants, des exemples précis de recomposition des savoirs et des pratiques seront appréciés.

Le terme de mixité peut aussi être considéré au sens large : ses principes (histoire, débats et argument, différences entre coéducation et mixité), sa mise en application (programmes scolaires, méthodes d’enseignements, répartition dans l’espace), son cadre juridique (institutions scolaires, encadrement juridique), son rapport avec l’accessibilité (situation en zone rurale et zone urbaine, paliers d’exclusion divers qui touchent principalement les filles) et ses représentations (transmission du savoir-scolaire et biais sexistes, perceptions de la mixité par les enseignants, les parents, les élèves, les représentants du système scolaire). Les dispositifs juridiques et légaux qui définissent la mixité ne garantissent pas son application au sein des différents espaces et temps de la scolarité. En tant qu’élément de définition de l’espace, la mixité scolaire constitue un indice des relations sociales entre les deux sexes.

Axes thématiques

Ce numéro vise à identifier la prise en compte de la mixité dans le système scolaire selon plusieurs réflexions :

- 1/ la fréquentation des espaces et des équipements scolaires : En quoi reflète-t-elle l’inégalité entre les filles et les garçons ? En quoi l’organisation de l’espace et les politiques scolaires de mixité participent-elles au maintien et à la construction d’un système hiérarchisant qui installe un système différencié de gestion des rapports sociaux de sexes ? Peuvent-elles refléter des rapports de tensions ou de dominations ?

- 2/ les mesures éducatives et les espaces de mixité : Pourquoi l’école demeure-t-elle un endroit non mixte, à quels moments, pour quels enseignements ? Existe-t-il un décalage entre les pratiques, les cultures et les discours ? Comment les enseignant(e)s se servent-ils ou non de ces espaces pour mettre en place une réelle mixité ? Peut-on parler d’espaces où s’expriment les relations de genre ou encore la mise à distance sexuée ? Est-ce que la mixité ou l’entre-soi sont privilégiés ? Comment les enfants négocient-ils leur inscription dans ces espaces genrés ? Comment les enfants s’approprient-ils à leur façon les normes et les codes socio-culturels relatifs au masculin et au féminin et construisent-ils leur propre identité ?

- 3/ les enjeux de ces espaces de mixité : Comment les enfants perçoivent-ils la mixité ? Les enseignants repèrent-ils les représentations sexistes, les inégalités et la construction du genre à travers la gestion de l’espace ? Existe-t-il des politiques éducatives qui définissent la mixité ? La mixité fait-elle l’objet de débats récents ? Quels sont les arguments proposés dans ce cadre ? Observe-t-on une continuité entre la mixité scolaire et le degré de mixité d’une société adulte ?

- 4/ de la mixité à l’égalité : Condition nécessaire de l’égalité des sexes, la mixité s’avère insuffisante à la réaliser. Quels mécanismes dans la vie scolaire quotidienne font que des rapports sociaux inégaux de sexe se perpétuent ? De quelle façon ce sujet est-il abordé par les enseignants ?Quelles évolutions observe-t-on à la faveur des politiques de mixité et de lutte contre les discriminations (contre le sexisme, le racisme, l’homophobie, la transphobie…) ? Quel est le rôle de l’école dans la transmission ou le rejet des stéréotypes sexistes ? Comment le troisième objectif du millénaire des Nations unies qui vise à « éliminer les disparités de sexe dans les enseignements primaires et secondaires », cherche à s’assurer de l’effectivité d’une éducation mixte et égalitaire ?

Les auteur(e)s peuvent aborder selon différentes disciplines ces sujets. L’espace central d’étude est l’Asie, avec de préférence un focus sur l’éducation pré-primaire et primaire, relativement peu traitées en comparaison avec l’éducation supérieure. Les analyses multi-scalaires ainsi que les études de cas précis et illustrés par des données de terrain récentes sont les bienvenues.

Bibliographie

Anjum Halai, « Equality or equity : Gender awareness issues in secondary schools in Pakistan », International Journal of Educational Development, vol.31, n° 1, 2011, p. 44-49.
Bélanger Danièle, Liu Jianye, “Social policy reforms and daughters’ schooling in Vietnam”, International Journal of Educational Development /vol. 24, n° 1, 2004, p. 23-38.
Collet Isabelle, L’école apprend-t-elle l’égalité des sexes ?, Paris, Belin, coll. « Égale à égal », 2016, 80 p.
Di Méo Guy, Les murs invisibles, femmes et géographie sociale, Paris, Armand Colin, coll.
« Recherche », 2011, 344 p.
Drèze, Jean ; Sen, Amartya (2014), Splendeur de l’Inde ? : Développement, démocratie et inégalités, Paris : Flammarion, 400 p.
Forum économique mondial, Rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes (The Global Gender Gap Report), 2014. <http://reports.weforum.org/global-g...>
Gail P. Kelly, “Education and equality : Comparative perspectives on the expansion of education and women in the post-war period”, International Journal of Educational Development, /vol. 10, n° 2-3), 1990, p. 131-141.
Maruéjouls-Benoit Edith, « Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir des jeunes. Pertinence d’un paradigme féministe », thèse de doctorat de Géographie, Université Michel de Montaigne, 2014.
Peppin Vaughan Rosie, “Complex collaborations : India and international agendas on girls’ and women’s education, 1947-1990”, International Journal of Educational Development vol. 33, n° 2, mars 2013, p. 118-129.

Coordinatrices

Aline HENNINGER, doctorante, Centre d’études japonaises, Institut national des langues et civilisations orientales.
Emilie PONCEAUD GOREAU, doctorante, Université de Bordeaux-Montaigne, laboratoire PASSAGES et Centre d’Etudes sur l’Inde et l’Asie du Sud.

Calendrier et consignes

- Les auteurs ont jusqu’au 26 juin 2017 pour envoyer les textes complets (50 000 signes maximum comprenant la bibliographie, les résumés, mots clés et présentation du/des auteurs) à : emilie.ponceaud@yahoo.fr et aline.henninger@free.fr

- Les consignes de présentation sont disponibles sur site de la revue

- La publication du numéro est prévue fin décembre 2017.

- L’article inclut votre nom, votre institution de rattachement, vos adresses postale et électronique.

- Format de l’objet du courriel : COM, date (mois+jour), votre nom (en majuscule), le titre de l’article.

- Envoyer en .doc ou .docx

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