AAC : L’interdisciplinarité : défis méthodologiques et enjeux de positionnement pour la jeune recherche

Publié le 11 septembre par Heta Rundgren

Pour la 2ème Journée d’études des doctorant.e.s du CESSMA, le jeudi 26 octobre 2017, les propositions sont à envoyer au plus tard le 25 septembre 2017.

Contexte
L’interdisciplinarité, promue par les grands organismes de recherche partout dans le monde, est comprise comme l’emploi de concepts et de méthodes provenant de disciplines différentes, dans une perspective de complémentarité ou d’intégration. Aujourd’hui, l’interdisciplinarité suscite un fort engouement car elle apparaît comme un facteur d’enrichissement des analyses. Le HCERES y consacre d’ailleurs un chapitre spécifique dans son référentiel (HCERES, 2014). Cette approche revêt un fort potentiel heuristique et mène à l’émergence de nouveaux champs de connaissances hybrides (ex : neurosciences sociales). Ainsi, pour un nombre croissant de chercheurs, il est courant d’emprunter à des théories et des pratiques d’investigation provenant de plusieurs disciplines, sans que cela ne soulève toujours de problèmes de légitimité. Néanmoins, les chercheurs les plus avancés dans l’interdisciplinarité provoquent en réalité des réactions contradictoires. Parfois salués pour leur audace pionnière, ils peuvent dans le même temps susciter les critiques des tenants d’une plus grande orthodoxie disciplinaire. Par exemple, on déplore souvent le manque d’ouverture et d’intérêt à l’interdisciplinarité dans les politiques éditoriales.

Qu’en est-il des doctorant.e.s et postdoctorant.e.s, tout aussi sensibles aux charmes de l’interdisciplinarité mais sommés de s’inscrire dans une seule discipline, notamment par le CNU ou le CNRS ? C’est que la journée d’études du CESSMA entend discuter autour de trois entrées : théoriques (1er axe), méthodologiques (2ème axe), et professionnelles (3ème axe).

1er axe : Les voies théoriques de l’interdisciplinarité
La complexité croissante des objets de recherche peut conduire les jeunes chercheurs et chercheuses à combiner des approches théoriques provenant de divers horizons ; ce qui n’est pas sans poser problème. Comment définir alors la place à accorder à sa discipline « fondatrice » par rapport à d’autres ? Est-on dans l’interdisciplinarité, la multidisciplinarité, ou la transdisciplinarité (Thompson Klein, 2011) ? Comment construire la cohérence de son cadre d’analyse à partir d’un pluralisme épistémologique parfois déstabilisant ? Ne prend-on pas le risque de glisser vers une recherche « a-disciplinaire » ?

2ème axe : Quelles approches méthodologiques construire pour garantir une cohérence globale ?
Du fait d’un cadre méthodologique à géométrie variable, la jeune recherche gagné à
l’interdisciplinarité procède de façon intuitive et expérimentale. Si l’emprunt à des
« méthodes mixtes » peut s’avérer utile et même nécessaire, quels problèmes cela pose-t-il sur le terrain comme après les enquêtes ? Il s’agira en outre de discuter du rôle d’accompagnement de l’équipe encadrante pour orienter au mieux les choix méthodologiques des jeunes chercheurs et chercheuses.

3ème axe : À la croisée des chemins : lla jeune recherche coincé entre désir d’interdisciplinarité et reproche d’indiscipline ?
Il s’agira ici de discuter des difficultés pour les jeunes chercheurs et chercheuses en sciences sociales d’obtenir la « légitimation de sa démarche – à ses propres yeux ainsi qu’à ceux de la communauté scientifique – et en termes de positionnement personnel dans les institutions » (Bühlera et al., 2006). Est-il risqué d’afficher une identité interdisciplinaire pour s’insérer professionnellement ?

Bibliographie indicative :
Bühlera, È. A., Cavaillé, F., & Gambino, M. (2006). Le jeune chercheur et l’interdisciplinarité en sciences sociales. Natures Sciences Sociétés, 14(4), 392-398.

Haut Conseil de l’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (HCERES). (2014). Le référentiel du HCERES. [En ligne], consulté le 19 juin 2017. URL : http://www.hceres.fr/content/download/25409/394989/file/R%C3%A9f%C3%A9rentiel%20AERES-Entit%C3%A9s%20de%20Recherche%20septembre%202015.pdf

Pasquier, R. & Schreiber, D. (2007), De l’interdiscipline à l’indiscipline. Et retour ?,
Labyrinthe 27(2), [En ligne], consulté le 08 juin 2017. URL :
http://labyrinthe.revues.org.rproxy.sc.univ-paris-diderot.fr/1983.

Thompson Klein, J. (2011). Une taxinomie de l’interdisciplinarité. Nouvelles perspectives en sciences sociales : revue internationale de systémique complexe et d’études relationnelles, 7(1), 15-48.

Modalités de soumission :
Nous invitons les doctorant.e.s et jeunes chercheurs et chercheuses qui souhaitent contribuer à cette réflexion collective, de souligner dans leur proposition les raisons, les modalités voire les degrés de leur engagement interdisciplinaire, en partant de manière concrète de leurs objets d’étude, de leur corpus théorique, de leurs terrains, de leur travail d’archives. Pourquoi ont-illes et ils besoin de convoquer plusieurs champs disciplinaires ? Quel bilan provisoire en tirent-illes ?

Les propositions doivent être adressées par courrier électronique au plus tard le 25
septembre 2017 sous la forme d’un résumé de 300 mots maximum (comprenant le titre, les noms du ou des auteurs, l’institution de rattachement et l’adresse e-mail) à l’adresse : doctorants.cessma@gmail.com. Le comité d’organisation informera les auteurs de l’acceptation ou non de leur proposition de communication autour du 10 octobre 2017.

Organisation :
Jérôme Fresneau (Université Paris Diderot/CESSMA), Lara Gautier (Université Paris
Diderot/CESSMA), avec la collaboration spéciale de Ghenima Bitam (EHESS/Centre de
recherche sur le Japon).