AAC : Cancer et genre : autour des inégalités de santé

Publié le 5 juillet par Heta Rundgren

Résumé

Réalisé dans le cadre d’un travail interdisciplinaire réunissant sociologues, anthropologues, géographes, psychologues, médecins, épidémiologistes, historiens, et philosophes, ce Colloque a pour objectif de développer et d’enrichir la réflexion autour des expériences du cancer. Il s’adresse à la fois à des chercheurs en sciences humaines, sociales et médicales, à des acteurs associatifs, des professionnels et des institutionnels exerçant dans le champ de la cancérologie ainsi qu’aux malades eux-mêmes.

Argumentaire

En 2015, le nombre de nouveaux cas de cancers en France métropolitaine est estimé à 385.000 dont 211.000 chez l’homme (INCa, 2015), alors que le cancer demeure la première cause de mortalité avec 149 500 décès recensés annuellement, dont plus de 80 000 concernent les hommes. Malgré ces disparités sexuées, les études qui explorent la place du genre dans la construction sociale de la maladie se font rares en France.

En partant de ces constats, le présent Colloque Interdisciplinaire & International se propose d’interroger l’expérience de la maladie cancéreuse à partir de sa dimension genrée tout en questionnant la place que le genre occupe au sein des politiques de santé publique, des trajectoires de santé, des itinéraires de soins et des interactions soignant.es / soigné.es. Plus concrètement, il s’agit d’explorer la valeur heuristique d’une analyse genrée de l’expérience cancéreuse, en envisageant le genre, non pas comme une variable auxiliaire, mais centrale de la maladie et, plus généralement, du rapport que les individus entretiennent avec leur corps, leur santé et le système de soins.

Que peut-on dire des corrélations entre cancer, santé et genre ? Que nous disent-elles du processus de sexuation, de hiérarchisation et de division sexuée qui opèrent dans le champ de la santé en général, et des pathologies cancéreuses en particulier ? Quelle est la plus-value d’une approche en termes de genre, dès lors que le cancer émerge dans la trajectoire d’une vie ? Comment le genre, situé à l’intersection des appartenances socioculturelles et ethniques, des catégories de classe, d’âge, de territoire..., conditionne-t-il les inégalités sociales de santé et, à la fois, se trouve conditionné par elles ?

Du spécifique au général, du cancer à la santé, du genre aux inégalités sociales, cette manifestation scientifique clôture une enquête européenne portant sur cette thématique - subventionnée par l’INCa et dirigée par Anastasia Meidani - et incite chercheurs, professionnels, acteurs institutionnels et associatifs à contribuer à l’élaboration d’une réflexion interdisciplinaire, tout en donnant la parole aux malades.

Pour saisir les enjeux sociétaux qui sous-tendent cette réflexion, les propositions de communication s’inscriront dans l’un ou l’autre des axes thématiques suivants (noter que le 3e Axe, intitulé « Cancer, genre & inégalités : enjeux méthodologiques et pluridisciplinaires », étant transversal, il recoupe l’intégralité des axes présentés ci-dessous).

Axes thématiques proposés

1er Axe / 3e Axe transversal - Cancer, genre, santé et société

Les manières dont une société définit le genre et la maladie, dicte les normes qui encadrent les « carrières » de genre et celles de malades ou encore ordonne les séquences de ces carrières, n’ont pas cessé d’évoluer ces dernières décennies, sous l’effet conjugué des remises en cause féministes et homosexuelles, des progrès médicaux et des reformes du système de santé. Il en découle une déstabilisation des comportements genrés associés à la maladie. Est-ce à dire que les carrières genrées s’en voient, sinon plus flexibles du moins plus hétéroclites, influençant de la sorte les carrières des malades ? Peut-on parler d’une dé-standardisation des carrières du genre et/ou de malades ? De l’autre côté, alors que les incitations à l’autonomisation se multiplient et le colloque singulier fait place au principe des décisions partagées, peut-on prétendre à la consolidation des capacités des patient.es à être acteurs / actrices de leur maladie ? Comment ces capacités se déclinent-elles en fonction du genre ? Ces interrogations en appellent à d’autres qui posent la distinction, institutionnelle et pratique, entre cure et care, empreignée aussi des questions de genre (Gilligan, 2008 ; Laugier, Paperman, Molinier, 2009 ; Tronto, 2009 ; Russel, Hoschild, 2012).

De toute évidence les expériences de la maladie chronique ne sont pas asexuées ; tout comme elles ne sont pas anhistoriques. Dès lors il s’agit, non seulement, de restituer l’épaisseur historique de la construction sociale de la maladie dans ses aspects genrés, mais aussi, de rendre compte des politiques publiques et des dispositifs des soins en examinant les aspects structurels des inégalités (sexuées et autres) qui opèrent au sein de la prise en charge des cancers en médecine spécialisée, hospitalière et générale. Y a-t-il des « spécificités genrées » qui guideraient les modalités de prise en charge ? Peut-on parler de discriminations (positives ou négatives) de certains patients selon le genre et/ou certains types de cancer ? Comment cette notion s’articule-t-elle à la construction sociale de la notion de « populations à risques » ?

Le colloque fera aussi place aux messages de prévention et de dépistage qui semblent aussi fortement marqués par le genre (Meidani, 2005). On se demandera également : quelle est l’épaisseur politique de ces dispositifs des soins et quelle place occupe le genre dans leur élaboration ? Comment l’expertise, par exemple, participe-t-elle de l’élaboration des modalités d’institutionnalisation de la trajectoire des malades dans ses composantes genrées ? Quels sont ces discours « experts » et les pratiques professionnelles qui les sous-tendent ? Sur quels systèmes normatifs et quelles représentations sociales, notamment genrés, s’appuient-ils ? Qu’en est-il de l’appropriation médiatique de ces discours d’« expertise » ? Il s’agit ici d’envisager les espaces de soins - politiques, institutionnels, hospitaliers - comme des scènes soumises aux rapports asymétriques entre hommes et femmes, ce que Godelier (1982) qualifie comme la « maison des hommes ».

2e Axe / 3e Axe transversal - Genre et expériences cancéreuses

La question du genre ne peut pas être réduite à une simple dualité, ce qui revient à dire que la définition de genre n’est ni homogène, ni inflexible (Butler, 2005 ; De Lauretis, 2007). De nombreuses recherches, pour l’essentiel anglophones, ont par exemple mis en avant les liens spécifiques des gays (Léobon, 2003 ; Girard, 2012), des lesbiennes ou des trans (Namaste, 2001 ; Alessandrin, 2012) au VIH et, plus généralement, à leur santé (Levy, 2011 ; Beck, 2011). Mais là encore, l’impact de l’identité de genre n’a été que rarement étudié en lien avec le cancer, notamment dans le contexte français (Meidani, Alessandrin, 2017). Dans le même temps, les premières recherches internationales (Boehmer, 2011) soulignent les lacunes de la prévention à destination des LGBTI (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans, Intersexe), ainsi que des variations de la prévalence de divers cancers dans ces populations, par comparaison avec les populations hétérosexuelles. A ce niveau de nombreuses questions restent en suspens.

Comprendre la manière dont les malades composent avec le risque cancer qui leur incombe, négocient les catégories de genre afférentes suite à l’avènement de la maladie et s’approprient l’identité du malade, revient à explorer les stratégies d’ajustement qu’ils.elles mobilisent pour « vivre avec » le cancer. De quelle manière le genre intervient-il dans ce processus : face aux risques d’exposition à la maladie cancéreuse, au long de la trajectoire de la maladie ou encore dans les interactions soignant.es / soigné.es (Meidani, 2017 ; Flora, 2014). Ici il s’agit d’explorer comment masculinités et féminités entrent en jeu dans la perception du risque face à la maladie cancéreuse soupçonnée ou diagnostiquée. Assurent-elles un rapport différentiel au risque et aux soins ? Sur ce point, les propositions de communication focalisées sur la perception de risques, tant du côté des professionnel.les que du côté de la patientèle, appréhendés tantôt comme « subis » tantôt comme « choisis », seront particulièrement appréciées, ainsi que les travaux portant sur les risques professionnels et les cancers qui en résultent. Il en est de même pour les cancers d’enfants qui questionnent la dynamique inégalitaire.

Ajoutons que le cancer est vécu par les malades tantôt comme une continuité tantôt comme une rupture (notamment dans le cadre de l’annonce du diagnostic de cancer). Comment ces perceptions se différencient d’un point de vue genré ? Dans quelle mesure l’arrivée de la maladie constitue-t-elle un tournant dans le parcours d’une vie et comment hommes et femmes s’en saisissent-ils / elles ? Quelles logiques de subjectivation genrée pouvons-nous faire ressortir de ces parcours de soins ? Comment ces logiques - préventives, curatives, palliatives - se retranscrivent-elles dans les pratiques individuelles et croisent-elles d’autres facteurs d’inégalité ?

Dans ce cadre, une attention particulière sera accordée aux désignations sociales de l’identité du malade, élaborées par les personnes atteintes de cancer elles-mêmes, les professionnel.les impliqué.es dans la prise en charge, leurs proches mais aussi les autres malades présent.es dans des collectifs associatifs. Cette activité d’élaboration du vécu résonne d’une tendance à la biographisation, ou si l’on préfère à la singularisation, de l’expérience de la maladie, déjà soulignée par les travaux sociologiques portant sur les parcours de vie.

3e Axe / 3e Axe transversal - Cancer, genre & inégalités : enjeux méthodologiques et pluridisciplinaires

A travers des terrains récents, nous souhaitons das ce dernier axe, interroger les écueils méthodologiques rencontrées dans l’analyse du couple "genre" et "cancer", ainsi que les solutions envisagées par les chercheurs/ses pour les résoudre. Les notions de "pluridisciplinarité" et d’ "intersectionnalité" seront alors également mobilisées tant dans leurs dimensions pragmatiques que théoriques.
Modalités de soumission

Pour ce colloque, des propositions de communication et de poster sont attendues. Elles devront impérativement être envoyées avant le 20 Septembre 2017 (inclus).

aux adresses mail suivantes : ameidani[at]univ-tlse2.fr & arnaud.alessandrin[at]gmail.com

Pour les propositions de communication : maximum une page, avec titre, noms du ou des communicant.e.s, affiliation universitaire. Elles seront accompagnées (en annexes) d’une biographie des 10 lignes et d’une bibliographie indicative. Les noms des dossiers (sous format .doc) doivent apparaître ainsi : nom.prénom.axeN°X

Pour les propositions de poster : miximum 10 lignes abordant le sujet du poster, nom du / des exposant.e.s, affiliations universitaires. Elles seront accompagnées (en annexes) des, courtes biographie et bibliographie. Les noms des dossiers (sous format .doc) doivent apparaître ainsi : nom.prénom.axeN°X.poster

Calendrier

Appel à communication : jusqu’au 20 Septembre 2017

Notification aux auteurs : le 30 Septembre 2017

Inscription

L’inscription au colloque s’effectuera entre le 15 et le 30 Octobre 2017. Pour vous inscrire, merci d’envoyer vos noms, prénoms et statut aux adresses suivantes : ameidani[at]univ-tlse2.fr & arnaud.alessandrin[at]gmail.com

Composition du comité de sélection

Anastasia Meidani, Maitresse de conférence, Sociologue, Université de Toulouse Jean Jaures, LISST
Arnaud Alessandrin , Sociologue, Université de Bordeaux, Centre Emile Durkheim

Catégories

Sociologie (Catégorie principale)

Lieux

MAISON DE LA RECHERCHE
Toulouse, France (31)

Dates

mercredi 20 septembre 2017

Mots-clés

Cancer, genre, inégalités

Contacts

Arnaud Alessandrin
courriel : arnaud [dot] alessandrin [at] gmail [dot] com

Source de l’information

Arnaud Alessandrin
courriel : arnaud [dot] alessandrin [at] gmail [dot] com